Pourquoi les bonnes résolutions ne suffisent pas toujours à changer les comportements en matière de santé
Presque tout le monde a déjà pris la résolution de bouger davantage, d’adopter une alimentation plus équilibrée ou de mieux gérer son stress. Pourtant, ces bonnes intentions ne se traduisent pas toujours dans la vie quotidienne. Pourquoi est-il si difficile, même avec une forte motivation, d’adopter durablement des comportements favorables à la santé ? La psychologie de la santé apporte un élément de réponse: entre l’intention et l’action se trouve une étape décisive, trop souvent sous-estimée.
Le piège de l’information
L’information est importante. Mais penser que davantage de connaissances conduit automatiquement à des comportements favorables à la santé serait réducteur. Beaucoup de personnes connaissent les bienfaits de l’activité physique, d’une alimentation équilibrée ou de périodes de repos suffisantes. Elles ne parviennent pas pour autant à mettre durablement leurs intentions en pratique.
La recherche parle à ce propos de «décalage intention-comportement». C’est précisément à cette étape qu’intervient le modèle Health Action Process Approach (HAPA). Selon ce modèle, le changement de comportement se déroule en deux temps. La phase de motivation permet tout d’abord de former l’intention de changer. Durant la phase d’action, le nouveau comportement est ensuite planifié, mis en œuvre et maintenu malgré les obstacles.
L’intention n’est qu’un début
Pour qu’une intention de changement se forme, plusieurs conditions doivent être réunies. La personne doit percevoir le risque comme pertinent pour elle-même, s’attendre à des résultats positifs et se sentir capable d’adopter le comportement souhaité.
Mais l’intention ne répond pas encore aux questions concrètes qui se posent au quotidien: quand commencer? Où et comment mettre le comportement en œuvre? Que faire lorsque la fatigue, la pression temporelle ou d’autres obstacles viennent contrarier les plans?
L’étape décisive: passer de la résolution à l’action
Durant la phase d’action, la résolution générale est transformée en plan concret. Un plan d’action précise quand, où, comment et, le cas échéant, avec qui le comportement cible sera mis en œuvre. Un plan de gestion des obstacles prévoit en complément la manière de réagir aux difficultés prévisibles. La résolution: «J’aimerais bouger davantage.» peut ainsi devenir: «Après le repas de midi, je vais marcher pendant 20 minutes. S’il pleut beaucoup, je fais une activité physique à l’intérieur pendant 20 minutes.»
Il est également important de suivre la mise en œuvre. Observer son comportement et le comparer à l’objectif fixé permet de repérer les progrès, mais aussi les éventuels écarts.
Une interruption ne constitue pas forcément un échec. Elle fait souvent partie du processus de changement. L’essentiel est de reconnaître les situations à risque, d’adapter ses plans et de reprendre le comportement souhaité.
Des leviers différents selon les phases de vie
Les mesures de promotion de la santé et de prévention ne peuvent pas être conçues de manière identique pour tous les groupes cibles. Les principaux leviers du changement évoluent au fil des phases de vie.
- Les enfants ont besoin de modèles, d’expériences positives adaptées à leur âge et de routines stables. Les parents, les adultes de référence, l’école et les structures d’accueil contribuent de manière déterminante à l’organisation du quotidien et à la formation des premières habitudes.
- Chez les adolescent-e-s et les jeunes adultes, l’autonomie augmente et les pair-e-s prennent une place croissante. Des objectifs réalistes, des normes sociales positives et le soutien des pair-e-s favorisent le changement. L’influence du groupe peut constituer aussi bien un obstacle qu’une ressource.
- Les adultes ont besoin de solutions compatibles avec leurs obligations professionnelles, familiales et sociales. De petits changements réalistes, des plans concrets et des conditions-cadres favorables à la santé peuvent faciliter l’intégration de nouveaux comportements dans les routines quotidiennes.
- Les personnes âgées vivant à domicile bénéficient de mesures qui renforcent le sentiment de sécurité, s’appuient sur leurs capacités et leurs routines, favorisent l’auto-efficacité et encouragent la participation sociale. Les interventions doivent tenir compte de la grande diversité des situations de vie, des besoins et des ressources.
Un environnement favorable facilite le changement
La possibilité d’adopter un comportement favorable à la santé dépend en grande partie des conditions de vie. Le temps disponible, les moyens financiers, le soutien social, l’accès à des offres adaptées ainsi que l’aménagement des écoles, des lieux de travail, des communes et des quartiers jouent un rôle déterminant.
Une fontaine à eau sur le lieu de travail, des espaces sûrs pour pratiquer une activité physique ou une offre collective accessible peuvent réduire les obstacles et faciliter l’adoption d’un comportement favorable à la santé.
C’est pourquoi la prévention comportementale et la prévention structurelle doivent être pensées ensemble. Renforcer les compétences individuelles est important. L’effet devient toutefois plus durable lorsque l’environnement rend le comportement souhaité possible et le soutient au quotidien.
L’information seule ne suffit pas à produire un changement durable. Celui-ci devient possible lorsque la motivation, des actions concrètes et des conditions-cadres favorables à la santé agissent conjointement.
Trois questions à se poser dans la pratique
Avant de choisir une mesure, il est utile de procéder à une brève analyse de la situation:
- Le groupe cible doit-il encore renforcer sa motivation ou possède-t-il déjà une intention de changer?
- Quels plans concrets, quelles compétences ou quelles formes d’auto-observation peuvent soutenir la mise en œuvre?
- Quels obstacles sociaux ou structurels doivent être réduits et quelles ressources peuvent être activées?
Pour approfondir
- Promotion Santé Suisse (2026). Le changement de comportement en faveur de la promotion de la santé et de la prévention. Document de travail 69.
- Promotion Santé Suisse (2026). Agir sur le comportement: enfants ; adolescent-e-s et jeunes adultes ; adultes ; personnes âgées. Quatre infographies adaptées aux différentes phases de vie.
À propos de l'auteur
Promotion Santé Suisse
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