Le tabagisme: quelques considérations scientifiques et éthiques.

 

J’estime personnellement que tous ceux qui favorisent l’usage du tabac prennent une lourde responsabilité " (Guy-Olivier SEGOND, Conseiller d’Etat, chargé du Département de l’action sociale et de la santé, République et canton de Genève). " La cigarette est probablement le seul produit manufacturé qui tue son acquéreur s’il est employé correctement " (Prof. Thomas Zeltner, Directeur de l’Office fédéral de la santé publique).

 

La nicotine est une drogue au sens scientifique du terme (3 critères): elle entraîne 1) une dépendance physique et psychologique, 2) une accoutumance (il faut augmenter la dose pour en éprouver les effets) et 3) un syndrome de sevrage lorsque l’on est privé du produit, et ce n’est pas les fumeurs et fumeuses qui le contrediront! La nicotine répond parfaitement à ces trois critères. Elle " fidélise ainsi la clientèle, particulièrement les jeunes. Cédant aux images séduisantes de la publicité, les jeunes négligent les graves dangers de la fumée pour leur santé et celle de leurs proches (Prof. Thomas Zeltner).

Au niveau mondial

Je suis médecin et je crois à la science et aux faits. Aujourd’hui, je dois le dire ici : le tabac tue. Nous devons constituer une vaste alliance contre le tabac. Les enfants sont les plus vulnérables, et c’est à un jeune âge que les habitudes se forment. L’industrie du tabac le sait et agit en conséquence… " (Mme Dr Gro Harlem Brundtland, Directrice Générale de l’Organisation Mondiale de la santé, OMS).

Le tabac entraîne 1 décès toutes les 9 secondes ! Le marketing offensif des cigarettiers " vise sélectivement les ‘‘marchés émergeants’’, c’est à dire les jeunes du monde entier et l’ensemble des habitants des pays en développement. On peut déjà prévoir un XXIè siècle ‘‘inauguré’’ par une épidémie mondiale de cancers et autres maladies pulmonaires ainsi que cardio-vasculaires. La totalité de ce fléau incombera aux producteurs, manufacturiers et dealers du produit incriminé " (Prof. André Rougemont Directeur de l’Institut de médecine sociale et préventive, Faculté de Médecine de Genève). A ce titre rappelons deux tristes exemples contemporains et proches de nous : en France, l’affaire du sang contaminé par le virus hiv du sida, ainsi que le lobby de l’amiante qui a su ‘‘museler’’ les politiques et ainsi repousser l’interdiction d’utilisation de ce produit qui entraîne aussi, comme chacun le sait, la mort !

En Suisse

Le tabac est la cause de 8'000 morts par année, soit 1 décès chaque heure. La dernière étude de l’Université de Neuchâtel, publiée à la demande de l’Office fédéral de la santé publique, estime à 10 milliards par an la facture sociale du tabac. Les jeunes sont particulièrement touchés. " En effet, on constate une forte augmentation du nombre de jeunes fumeurs en Suisse " (Prof. Thomas Zeltner).

Madame la Conseillère fédérale Ruth Dreifuss a dissous, au début de cette année, la Commission fédérale pour les problèmes liés au tabac, excluant ainsi les cigarettiers qui y siégeaient. Madame Dreifuss a renommé aussitôt une nouvelle Commission où siègent uniquement des professionnels-elles de la santé publique et de domaines éthiquement acceptables. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a commandité deux nouvelles études sur l’élasticité du prix du tabac et sur la part fiscale et donc sur le cadeau fiscal qui en découle, accordé chaque année aux cigarettiers, de plus de 500 millions de francs suisses (plus d’un ½ milliard !). En effet, la Suisse est le pays qui impose le moins le tabac : 56,74% actuellement avec la TVA contre 83,4% au Portugal ou 75,4% en France, et tout cela au moment où, au niveau du budget de la Confédération, l’on coupe dans les budgets du social et du chômage, sans compter les hausses des primes des caisses-maladie découlant notamment des coûts médicaux engendrés par le tabac (cf. Attorney general du Minnesota, pages annexées).

En conclusion

Il est grand temps que les politiques, à Berne, accordent à la prévention du tabagisme les mêmes sommes que celles qui ont fait, à juste titre, les succès de la prévention du sida et des drogues illégales, soit environ 16 millions de francs suisses par année.

La Suisse a les ressources humaines compétentes en santé publique et en santé communautaire. Ces professionnels-elles savent ce qu’ils doivent faire pour être efficaces et il est grand temps que nos représentants-es à Berne (Conseil national et aux Etats) votent les budgets qui permettront de sortir de l’alibi.

Nous sommes disposés à poursuivre la prévention du tabagisme avec des campagnes positives telle que celle développée par l’Association suisse pour la prévention du tabagisme (AT-Berne). " Cependant cette approche positive demande des budgets plus importants. La promotion de la santé passe aussi par des décisions politiques courageuses " (Verena El Fehri, Directrice de l’Association suisse pour la prévention du tabagisme).

Genève, le 18 octobre 1998. Dr Jean-Charles Rielle, médecin responsable du CIPRET-Genève.


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