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Les somnifères et les tranquillisants

 

En Suisse, les troubles du sommeil font partie des problèmes de santé courants. Prendre un somnifère est certes un geste simple, mais qui n'est pas sans risque. Une nuit de «sommeil sur commande» ne garantit pas que l'on sera en forme le lendemain matin. Quels sont les principaux groupes de somnifères et de tranquillisants ? Que peut-on faire pour dormir sans prendre de médicaments ?

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Les plantes possédant des vertus sédatives sont utilisées depuis des siècles dans la médecine traditionnelle. Aujourd'hui encore, des extraits de plantes telles que la valériane, la mélisse ou la passiflore sont utilisés couramment pour leur action calmante. Au début du 20e siècle, on a fabriqué les premiers médicaments de synthèse à partir de l'acide barbiturique, qui ont ensuite été utilisés comme somnifères durant plusieurs décennies.
Bien plus tard, on s'est rendu compte de leur dangerosité et on a commencé à chercher d'autres substances. C'est ainsi que la découverte, dans les années cinquante, du librium (chlordiazépoxide) - la première benzodiazépine de synthèse - a ouvert la voie à l'utilisation à large échelle d'une nouvelle classe de somnifères et de tranquillisants.
II y a une quarantaine d'années, l'apparition des premières benzodiazépines a été accueillie comme une étape déterminante dans les progrès de la médecine. Susceptibles d'entraîner une dépendance et de provoquer la mort en cas de surdosage, les barbituriques leur ont rapidement cédé la place.
Depuis lors, diverses classes de benzodiazépines sont arrivées sur le marché et représentent actuellement la grande majorité des somnifères et des tranquillisants utilisés.
Si ces médicaments se sont avérés nettement moins toxiques que les barbituriques, on ne peut guère parler de progrès en ce qui concerne leur potentiel de dépendance.
Les nouvelles substances contre les troubles du sommeil, introduites en Suisse au cours des derniers cinq ans, se comptent sur les doigts de la main. Avec ces nouveaux produits, on espère disposer de somnifères de synthèse qui n'engendreraient aucune dépendance.

La consommation de somnifères et de tranquillisants en Suisse

Les troubles du sommeil sont très fréquents en Suisse. Lorsqu'ils sont importants, ils peuvent être très pénibles et affecter considérablement la qualité de la vie. L'anxiété, la tension psychique et la nervosité sont également très répandues et tout aussi pénibles à supporter. Selon une étude réalisée auprès de médecins généralistes suisses, 44% de leurs patients souffrent de troubles du sommeil (source : Haldemann R., Good M., Hoslboer-Trachsler E. : Schweizerische Rundschau für Medizin 1996). Les difficultés d'endormissement sont plus répandues que les problèmes dus à l'interruption du sommeil. Souvent, le patient ne parle pas spontanément de ses troubles du sommeil au médecin. Dans la vaste enquête sur la santé en Suisse réalisée en 1997, 10% des femmes et 6% des hommes de plus de 15 ans disaient souffrir de troubles du sommeil. Par ailleurs, un tiers des femmes et un quart des hommes faisaient état de troubles légers du sommeil. On voit que les femmes sont davantage touchées que les hommes. II ressort de cette même enquête qu'au cours de la semaine précédant l'interview, 150 000 personnes, soit 2,6% de la population suisse, avaient pris chaque jour un tranquillisant et 180 000 personnes (3,1 %) un somnifère. Dans la majeure partie des cas, ces médicaments avaient été prescrits par un médecin. Là aussi, les femmes étaient davantage concernées que les hommes. Avec l'âge, la prise de somnifères augmente chez les femmes et chez les hommes. On estime qu'au moins 2,5% de la population adulte prennent depuis plus d'une année des somnifères et des tranquillisants susceptibles d'engendrer une dépendance. Réalisée en 1992/93, la première enquête sur la santé en Suisse avait déjà mis en évidence des modes de consommation analogues. On peut donc considérer qu'en Suisse, la consommation de somnifères et de tranquillisants est restée assez stable au cours des 10 à 15 dernières années.

Somnifères et tranquillisants :
une liste des médicaments couramment utilisés

Médicament
(Marque)

Principe actif

Mode
de vente

Emploi


Lexotanil ®
Dormicum ®
Halcion ®
Seresta ®
Dalmadorm ®
Rohypnol ®

Benzodiazépines
Bromazépam
Midazolam
Triazolam
Oxazépam
Flurazépam
Flunitrazépam


B
B
B
B
B
B/A+

Tranquillisant
Somnifère
Somnifère
Tranquillisant
Somnifère
Somnifère

Imovane ®
Sonata ®
Stilnox ®
Nouvelle génération
Zopiclone
Zaleplon
Zolpidem

B
B
B

Somnifère
Somnifère
Somnifère

Lysedil


Benocten
Autres
Prométhazine,
Alcaloïde de la
belladone
Diphénhydramine

C


C

Tranquillisants pour
nourrissons et
enfants
Somnifère


Laitan


ReDormin
Sidroga pour
le sommeil et les nerfs
Dragées Valverde
pour le sommeil
Préparations
à base de plantes

Kawa


Varériane, houblon
Valériane, houblon,
Mélisse, fleur d'oranger
Valériane, houblon


D


D
D

D


Etats d'anxiété, troubles
de l'endormissement et
interruptions du sommeil
Somnifère
Agitation,
troubles du sommeil,
difficultés de s'endormir
sommeil agité

Tableau 1 : A+ : vente sur ordonnance à souche, même contrôle que les stupéfiants; B : vente sur ordonnance médicale; C : vente libre en pharmacie; D : vente libre en pharmacie et en droguerie.

Classification et accessibilité

Les somnifères et les tranquillisants sont souvent considérés comme des «médicaments de l'âme». Les médicaments les plus courants sont répertoriés dans le tableau 1. Ils appartiennent à deux groupes importants : d'une part, les produits synthétiques comprenant les benzodiazépines et les nouvelles substances produisant des effets analogues et d'autre part, les préparations à base de plantes. Tant les nouveaux somnifères que les benzodiazépines sont soumis à ordonnance. En revanche, les médicaments à base de plantes sont en vente libre dans les pharmacies et les drogueries.

Effets

Les somnifères et les tranquillisants appartiennent à la catégorie des médicaments psychotropes. Autrement dit, ils agissent sur les neurotransmetteurs du cerveau (récepteurs au GABA). Cela vaut aussi bien pour les substances synthétiques que pour certaines plantes comme par exemple la valériane.

Les benzodiazépines

Comment agissent les somnifères et les tranquillisants synthétiques ? Les tranquillisants visent à calmer l'anxiété et les somnifères à surmonter les difficultés d'endormissement et les insomnies. Le mécanisme d'action de ces différentes substances est cependant très semblable. Elles se différencient essentiellement par leur délai et leur durée d'action (demi-vie, distribution). Le rythme naturel du sommeil est modifié plus ou moins en fonction du médicament et de la dose absorbée. La durée d'action varie elle aussi d'une préparation à l'autre. Les substances qui se métabolisent lentement peuvent engendrer une fatigue diurne et provoquer des chutes répétées. Les préparations qui agissent rapidement risquent en revanche d'engendrer des problèmes de régulation du sommeil. Une utilisation qui se prolonge au-delà de deux semaines peut engendrer une tolérance. Cela signifie qu'à dose égale, l'effet hypnotique diminue. En outre, une dépendance psychologique et/ou physique peut se manifester après deux à quatre semaines. II faut savoir que les patient-es âgés réagissent davantage aux somnifères; aussi leur prescrit-on généralement une dose plus faible. Comment les somnifères et les tranquillisants synthétiques sont-ils utilisés ?

La prise de médicaments contre les troubles du sommeil est soumise à des prescriptions. En principe, la patiente ou le patient doit être mis au courant du plan thérapeutique:

  • Les somnifères synthétiques ne doivent être employés que pendant une brève période.
  • Toute cause organique ou psychique grave des troubles du sommeil doit avoir été exclue. Une insomnie chronique requiert à long terme un autre traitement.
  • Le dosage doit être le plus faible possible.
  • La prise du médicament ne doit en aucun cas être interrompue brutalement; il convient de la réduire progressivement.
  • Sauf dans des cas bien particuliers, il convient de ne pas prescrire de somnifères à des personnes qui consomment de l'alcool en grandes quantités ou qui sont toxicodépendantes.

Alternatives synthétiques

De nouvelles substances (telles que la cyclopyrrolone, l'imidazopyridine et la toute récente pyrazolopyrimidine) sont considérées aujourd'hui comme des alternatives intéressantes aux benzodiazépines. La composition chimique de ces préparations est effectivement différente des benzodiazépines, mais leur mécanisme d'action est très semblable. Selon la substance, l'avantage tient soit à la spécificité, soit à la durée de l'action. En revanche, elles sont sur le marché depuis trop peu de temps pour que l'on puisse se prononcer avec certitude sur leur potentiel de dépendance comparé à celui des benzodiazépines. Les recommandations officielles à cet égard ne diffèrent en tout cas pas de celles qui valent pour les benzodiazépines.

Médicaments à base de plantes

Les médicaments tranquillisants et les somnifères à base de plantes contiennent essentiellement des extraits de valériane, de houblon, de passiflore, de mélisse ou de fleur d'oranger. Les principes actifs des plantes médicinales peuvent varier en fonction de la provenance des plantes. Le mode d'action et l'efficacité de la valériane ont été le mieux étudiés. Dans le cadre d'études cliniques, l'extrait de valériane s'est avéré tout aussi efficace que des doses faibles de médicaments synthétiques. Jusqu'à présent, aucun effet secondaire n'a été mis en évidence. En outre, les préparations à base de plantes n'entraînent généralement aucune dépendance, ce qui présente un grand avantage par rapport aux substances synthétiques. II est vrai qu'elles sont généralement recommandées en cas de troubles légers du sommeil. Les tisanes (à base de fleur d'oranger, de mélisse, etc.) sont très appréciées et sont à la fois secourables et inoffensives. En les faisant infuser, on se prépare déjà à aller dormir et le parfum qui s'en dégage a lui aussi des vertus apaisantes.

Somnifères et tranquillisants synthétiques : risques et conséquences

Une dépendance sur ordonnance ?

Les effets positifs et négatifs des somnifères et des tranquillisants synthétiques donnent lieu à un débat particulièrement vif. Si leur efficacité est incontestable, le risque qu'ils débouchent sur des abus l'est tout autant. Leur utilisation peut en effet entraîner une dépendance physique et psychologique. Ce risque augmente avec la dose et la durée du traitement. L'arrêt brusque du traitement risque de provoquer des symptômes de manque, tels que des maux de tête, des états d'angoisse et de tension, de l'agitation et un état confusionnel, voire dans certains cas des troubles de la perception ou des crampes musculaires. La plupart des personnes qui prennent des somnifères et des tranquillisants synthétiques le font sur ordonnance médicale. Aussi des directives de prescription ont-elles été formulées. Le respect des règles ainsi définies et un entretien approfondi avec les patientes et les patients sont importants si l'on veut éviter le risque d'une «dépendance sur ordonnance».

II est dangereux de conduire

Les somnifères et les tranquillisants synthétiques sont des compagnons de route peu recommandables, car ils diminuent la capacité de réaction. Leur action sédative et la diminution de la capacité de concentration qu'elles induisent ne permettent pas de conduire un véhicule ou d'utiliser des machines.

Attention à l'alcool

De manière générale, il convient de ne pas prendre simultanément plusieurs substances qui ont une action calmante au niveau du cerveau. Cela implique donc que l'on renonce à boire de l'alcool plusieurs heures avant de prendre un somnifère pour éviter une potentialisation de leurs effets. Des états d'angoisse et de panique ont également été observés.

Usage problématique pendant la grossesse

Pendant la grossesse, les somnifères synthétiques ne doivent être pris que sous contrôle médical et uniquement de façon ponctuelle.

Surdosage

Les somnifères et les tranquillisants synthétiques, les benzodiazépines en particulier, ont une grande marge de sécurité thérapeutique. Cela signifie qu'un surdosage comporte rarement un risque mortel, mais les patients doivent être surveillés de près. II faut déterminer systématiquement si d'autres substances - par exemple de l'alcool - ont été ingérées en même temps, car si c'est le cas, il peut y avoir un risque mortel aigu. Le flumazénil (Anexate ®) est un antidote permettant d'annuler l'effet des benzodiazépines.

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La palette des somnifères et des tranquillisants couramment utilisés en Suisse est vaste (Photo: M. Mütsch)

Consommation illégale, de Rohypnol ®

Sur le marché noir des drogues, le Rohypnol ® occupe actuellement une place prépondérante parmi les somnifères et les tranquillisants. Le Rohypnol ® est très souvent utilisé par les toxicomanes en complément de l'héroine, dont il potentialise l'effet. Pourquoi précisément du Rohypnol ® ?
Probablement parce que son action est rapide et durable. On craint que son usage abusif n'augmente encore du fait que sa distribution illégale a lieu par les mêmes canaux que ceux de la cocaïne et de la marijuana. C'est pourquoi, dans certains cantons et durant une période d'essai, le Rohypnol ® fait l'objet de restrictions supplémentaires : il est soumis à ordonnance à souche, c'est-à-dire au même contrôle que les stupéfiants.

Quelques trucs pour faciliter le sommeil…

Alimentation Faire un repas léger le soir. Eviter par exemple la fondue au fromage. Eviter de boire du café, du thé noir ou vert et d'autres boissons stimulantes. L'alcool perturbe le rythme du sommeil.
Ambiance Ambiance agréable : lit confortable, calme, obscurité.
Rituels d'endormissement : écouter de la musique apaisante, boire une tisane calmante, activité répétitive.
Déroulement de la journée Vérifier précisément la durée totale de sommeil et l'abréger éventuellement. Après une petite sieste, il peut arriver que l'on s'endorme plus difficilement le soir.
Se coucher et se lever toujours à la même heure.
Activité L'activité physique accroît la fatigue; on peut par exemple faire une promenade avant de se coucher.
Méthode Kneipp : bain de siège froid (max. 18°C).
Attitude personnelle Ne pas avoir des attentes exagérées, briser le cercle vicieux :
«Je dois m'endormir à tout prix».
Exercices de relaxation, éventuellement associés à des rituels d'endormissement.
Pensées positives : faire preuve de patience vis-àvis de soi-même, se laisser aller, avoir confiance dans son aptitude à changer.
Ne prendre un somnifère que très exceptionnellement et prioritairement une préparation à base de plantes.

Effets secondaires possibles lors d'un usage conforme aux prescriptions

Lors de l'arrêt du traitement, il peut arriver que des réactions «paradoxales» se produisent sous la forme de troubles du sommeil, de variations de l'humeur, d'agitation ou d'accès de panique (phénomènes de rebond). A dose normale, la mémoire peut être affectée (trous de mémoire). Cet effet se manifeste quelques heures après l'ingestion du médicament. On assiste parfois à d'autres effets indésirables tels que des états confusionnels et des troubles de l'équilibre. Les somnifères à longue durée d'action peuvent entraîner une somnolence diurne et des chutes, qui sont parfois à l'origine de l'hospitalisation des personnes âgées.

Les médicaments pour calmer et endormir ne sont pas à donner à la légère aux enfants

Autrefois, on donnait plus facilement que de nos jours du sirop de Lysedil ® aux nourrissons et aux enfants pour les calmer ou les faire dormir. Un bébé n'a pas d'autres moyens de se manifester que de s'agiter et de pleurer. Il convient de prendre ces signaux au sérieux et de ne pas y répondre en administrant des médicaments à la légère. On soupçonne en effet qu'il existe un lien entre ces médicaments et la mort subite du nourrisson. Chez les enfants aussi, il faut absolument chercher les causes des troubles du sommeil qui les affectent. Si nécessaire, les préparations à base de plantes peuvent représenter une solution alternative.

Les effets secondaires des somnifères et des tranquillisants à base d'extraits de plantes

Les somnifères et les tranquillisants à base de plantes d'usage courant ne présentent pas de risques ou d'effets indésirables connus. La seule exception concerne le Laitan ®, qu'il ne faut pas utiliser en cas de maladies du foie ou en présence de facteurs de risque de troubles hépatiques. S'agissant de l'utilisation de produits à base de plantes durant la grossesse, il convient de toujours consulter son médecin.
Aucune étude systématique n'est disponible à ce jour. L'un ou l'autre des composants peut provoquer des réactions cutanées.
Dans le temps, on ajoutait souvent de l'alcool à ces préparations afin d'extraire les principes actifs des plantes. Les médicaments arrivaient alors sur le marché sous la forme de teintures ou de solutions. Les préparations à base de plantes sont actuellement toutes disponibles sous la forme de comprimés ou de sirops. Le Melisana Klosterfrau ® et la teinture de valériane sont les seules exceptions; il convient de les utiliser avec les précautions d'usage et de ne pas en donner aux enfants.

Alternatives : être attentif à soi-même et à ses soucis

Un médicament ne doit être pris qu'en dernier recours, car il ne résout pas les problèmes. La prescription de somnifères et de tranquillisants synthétiques doit être réservée au traitement de troubles du sommeil persistants et d'angoisses particulièrement pénibles. Aussi ne faut-il ni les diaboliser, ni les utiliser allègrement de manière indifférenciée ou à long terme. II existe d'ailleurs des alternatives. Pour commencer, il est important de prendre conscience de son propre comportement en matière de sommeil et des circonstances de sa vie. Un dicton suédois exprime cela très bien : Lorsqu'on va se coucher, il faut laisser ses soucis dans ses souliers. Le tableau ci-dessus propose une série de conseils. II faut parler de ses problèmes de sommeil. Lorsque l'on souffre de troubles durables, il convient de recourir à une aide professionnelle.

Vous pouvez obtenir des exemplaires supplémentaires gratuits auprès de l'ISPA. D'autres Info-drogues sont disponibles sur le cannabis, l'ecstasy, les hallucinogènes, l'alcool et la santé, l'héroïne, la cocaïne. (Veuillez nous envoyer les timbres nécessaires pour le port.)

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Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies
Case postale 870, 1001 Lausanne
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http://www.sfa-ispa.ch




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