Message du Président

 

 

Combats

 

 

La proportion des jeunes qui fument augmente. D’aucuns crient aussitôt à l’échec de la prévention.

 

Il n’y a pas de commune mesure entre les fortunes investies pour la promotion, directe ou indirecte, des cigarettes et les ressources publiques allouées pour contrer ces messages aux conséquences dévastatrices sur la santé. De plus, les décisions prouvées efficaces pour diminuer le tabagisme, telle l’interdiction de la publicité ou l’augmentation du prix du paquet, ne sont pas prises.

 

Alors, échec de la prévention ou insuffisance de courage politique ? Poser cette question c’est déjà y répondre.

 

Nous savons  désormais que, pour expliquer cette apparente carence de volonté, on ne peut plus évoquer la simple lenteur des processus de décision, mais qu’il faut considérer aussi un lobby très actif à Berne qui pousse certains parlementaires influents à freiner les initiatives contraires aux intérêts de l’industrie du tabac et à encourager des mesures alibi.

 

Voilà le contexte dans lequel travaillent les personnes et associations qui, bénévolement ou par métier, luttent pour faire régresser ce qui n’est plus une endémie mais une véritable épidémie.

 

Avec une dynamique inhabituelle dans notre pays, poussés par une volonté politique cantonale de prévention, soutenus par l’allocation d’un budget digne de ce nom, applaudis au siège de l’OMS et outre frontières, encouragés par l’émergence d’associations sœurs dans d’autres cantons, les responsables du CIPRET-Genève et d’OxyGenève, association membre de l’APRET, ont pris le parti d’un certain activisme. Il s’agissait d’une part de répondre à l’agressivité des cigarettiers et d’autre part d’attirer l’attention du public et des média.

 

Il y avait déjà pour le CIPRET l’énorme travail d’organisation qu’exige l’information du public, le conseil aux entreprises, le maintien d’une présence dans le domaine du sport et de la culture ou la fédération des efforts de promotion de la santé. Ne citons que l’exemple du site internet www.prevention.ch ou celui du Village Prévention et Environnement de la Foire de Genève pour évoquer la masse de travail fournie. Chacun sait dans notre Cité, la quantité, la qualité et l’originalité de ce travail.

 

Jean Charles Rielle, médecin directeur du CIPRET-Genève et Pascal Diethelm, Président d’OxyGenève ont pourtant pris l’option supplémentaire de dénoncer les relations troubles entre l’industrie cigarettière, certains cercles de recherche scientifique et un Professeur à l’Université de Genève, qui manoeuvrait entre ces deux mondes, très discret sur sa double allégeance et pas trop soucieux de graves conflits d’intérêt potentiels ni d’indépendance intellectuelle. Ils ont rapporté ces agissements sans s’embarrasser d’euphémismes. C’est le style qu’on leur connaît, qu’on attend d’eux et qui contribue à leur efficacité. La personne visée ayant jugé qu’elle avait encore un honneur à défendre, notre médecin directeur et notre militant se sont retrouvés devant un tribunal et condamnés, en première instance, pour diffamation.

 

Avec le comité de l’APRET, votre Président s’étonne à la lecture des considérants du jugement. Ces derniers lui apparaissent excessivement sévères pour quelques unes des paroles de nos deux amis, finalement condamnés, mais tout à fait accablants pour le plaignant auquel, ne craignant pas le paradoxe, le Tribunal donne raison. Le comité de l’APRET soutient le recours fait contre ce jugement. Avec toutes ses forces de travail et de réflexion et dans la limite de ses moyens financiers, qui sont pour l’essentiel liés à un contrat annuel de prestation avec l’Etat, il se solidarise d’un combat nécessaire à la cause de la santé contre celle des intérêts économiques mortifères de l’industrie du tabac.

 

 

 

Genève, mardi 18 juin 2002           Dr Yves Beyeler

 

                                                        Président de l’APRET

                                                        Association pour la prévention du tabagisme