Ragnar Rylander,

coordinateur de la recherche « clandestine » à INBIFO

Pascal A. Diethelm, OxyGenève

 

Nous présentons ci-dessous des extraits[1] de quelques documents significatifs qui montrent comment Philip Morris a fait l’acquisition d’un laboratoire de recherche biologique à Cologne en Allemagne pour y conduire des recherches « confidentielles », hors de portée des investigations éventuelles de la justice américaine. Ce laboratoire, appelé INBIFO (Institut für Biologische Forschung) avait, selon le témoignage de Richard Carchman, ex vice-président, Affaires scientifiques, de Philip Morris U.S.A., les meilleures installations d’inhalation animale du monde.

 

Pendant près de trente années, Philip Morris a testé ses produits à INBIFO pour en déterminer la toxicité et leur capacité d’induire des tumeurs cancéreuses. Les cigarettes testées étaient désignées par des codes et seul un nombre très restreint de personnes connaissaient les produits réels qui leur correspondaient.  Tout montre que Philip Morris a accumulé au cours des années une connaissance très poussée sur la nocivité de ses produits. De même, des expériences sur la fumée secondaire, celle que respirent les fumeurs passifs, lui ont révélé sa grande toxicité. En dépit de ces connaissances, Philip Morris a continué publiquement de nier, minimiser et créer la confusion scientifique sur l’existence d’une causalité entre fumée et maladies, et sur la nocivité du tabagisme passif.

 

Les documents montrent que Philip Morris, bien qu’étant propriétaire à 100% d’INBIFO, a pris un soin particulier à couper les lignes de communication directe et écrite entre INBIFO et le département recherche et développement de Philip Morris USA à Richmond, qui était pourtant le principal intéressé des résultats des recherches conduites à INBIFO. Philip Morris a mis en place un dispositif très élaboré, utilisant comme plateforme de transit Fabriques de Tabac Réunies (FTR) à Neuchâtel, à qui INBIFO appartenait du point de vue légal. Les documents importants venant d’INBIFO et qui arrivaient finalement chez Philip Morris à Richmond étaient détruits ou retournés à INBIFO après lecture.

 

La supervision financière et la coordination scientifique de ce dispositif a été confiée à une seule personne, qui n’était pas officiellement employée de Philip Morris. Ce « coordinateur » supervisait les projets de recherche d’INBIFO, recevait tous les rapports scientifiques et approuvait toutes les factures avant leur paiement par FTR. Cet intermédiaire entre Philip Morris R&D et INBIFO, qui jouait un rôle central dans ce judicieux dispositif, était un professeur suédois de médecine environnementale réputé qui, parallèlement à cette activité secrète, enseignait aux universités de Göteborg et de Genève. Son nom : Ragnar Rylander.  Il fut pendant 30 ans l’une des rares personnes ayant la meilleure connaissance au monde de la toxicité réelle de la fumée de tabac. Non seulement, si on en croit les documents cités ci-dessous et d’autres disponibles sur Internet, il n’aurait pas partagé cette connaissance avec la communauté scientifique et médicale, mais il a consacré une partie substantielle de sa carrière académique officielle à des études niant ou minimisant la nocivité de la fumée.  

 

DOCUMENTS

 

26 août 1969 - Mémorandum de Helmut Wakeham, Director of Research, Philip Morris USA à C.H. Goldsmith, Président de Philip Morris, Inc. (PM 2025010546/0554) et Annexe 1 (PM 2025010555/0558)

 

Le sujet de ce mémorandum est « Proposition pour un programme de recherche biologique ». Dans un mémorandum précédent (dont copie est jointe en Annexe 1), Wakeham avait avancé l’idée d’établir un programme de recherche biologique interne à Philip Morris :

 

La santé des consommateurs est un centre d’intérêt et de préoccupation pour le grand public et le gouvernement. […] Techniquement, sociologiquement et économiquement, tout indique que nous allons devoir considérer de plus en plus sérieusement les questions relatives à la santé soulevées par nos produits. […] Nous sommes confrontés à un besoin réel d’obtenir nos propres résultats et données sur des systèmes biologiques, afin d’éviter d’être surpris par des informations venant de sources externes et afin d’interpréter et de comprendre les résultats des études [externes]. […] On peut raisonnablement assumer qu’avec l’introduction par le gouvernement de tests biologiques et la publication des résultats obtenus, toutes les compagnies de tabac vont en déduire qu’il leur est nécessaire, dans un but défensif,  de démarrer leurs propres programmes de test. […] Stigmatisés politiquement et socialement, nous risquons d’avoir comme unique recours pour notre défense légale et technique  de faire appel à  nos propres données obtenues dans nos propres installations. […] Nous devons trouver un moyen de satisfaire nos besoins concernant les essais biologiques et la recherche de la façon la plus efficace possible en tenant compte des intérêts au sens large de notre entreprise.

 

Le mémorandum du 26 août 1969 reprend cette proposition et l’élabore :

 

Une approche beaucoup plus rapide serait d’acquérir un laboratoire commercial de recherche et de tests biologiques, qui soit déjà opérationnel […] et de le faire fonctionner comme un laboratoire biologique interne, sans aucune intention d’en faire une centre de profit.

[…]

Résumé des études biologiques nécessaires dans le programme de recherche et développement

1.      Etudes d’inhalation
Objectifs :
La détermination chez diverses espèces animales des effets aigus et chroniques de la fumée de différents types de tabac.
[…]

2.      Tests de l’activité cancérogène
Objectifs :
Comparer différentes cigarettes et différentes modifications du processus de fabrication à l’aide de tests d’exposition cutanée sur des animaux et en explorant des nouvelles procédures de test. Bien que le badigeonnage cutané de la souris et les tests d’exposition cutanés soient d’un intérêt douteux pour les humains, ces tests sont reconnus par la plupart des investigateurs comme les indicateurs les plus fiables de l’activité cancérogène. Etant donné qu’il est fort probable que les marques principales sur le marché seront testées de la sorte
[par le gouvernement], nous avons besoin d’entreprendre en parallèle nos propres évaluations des produits commercialisés et des prototypes expérimentaux.

[…]

RESUME

[…]

Nous devons connaître nos produits mieux que quiconque, de telle sorte que nous ne soyons pas pris par surprise quand nos concurrents ou nos adversaires publient des informations sur nos produits. Nous devons savoir comment nos produits se comportent dans des tests conventionnels, indépendamment de notre croyance en la significativité de ces tests. En bref, nous devons trouver un moyen de satisfaire nos besoins de tests et de recherche biologiques de la façon la plus efficace tout en  répondant aux intérêts au sens large de notre entreprise.      

     

Ce document est important à plus d’un titre. Il démontre la volonté de la multinationale de connaître mieux que quiconque les effets biologiques des cigarettes qu’elle produit. On remarque d’autre part que dans cette communication entre deux hauts dirigeants de Philip Morris, il y est très librement question de l’activité cancérogène de la cigarette, et ce en 1969 déjà, alors que publiquement et officiellement, la société niera jusqu’en 1999 toute relation de cause à effet entre fumée et cancer.

 

On est aussi frappé par les raisons invoquées pour créer un programme de recherche interne : elles sont primordialement motivées par le désir fournir une défense légale et/ou technique à la multinationale contre ses concurrents et contre ses adversaires (c’est-à-dire les responsables de santé publique au sein du gouvernement). La notion qu’une telle recherche pourrait servir le consommateur est totalement oblitérée. Wakeham déclare au début du mémorandum copié en Annexe 1 que la « santé des consommateurs est un centre d’intérêt et de préoccupation pour le grand public et le gouvernement. »  On cherchera dans la suite de ce mémorandum et dans le mémorandum du 26 août 1969 une quelconque indication que Philip Morris partage cette préoccupation pour la santé des consommateurs. En vain ! Il ressort que Philip Morris pense avant tout à protéger ses propres intérêts contre les effets négatifs de cette préoccupation.

 

Le résumé du programme de recherche donne probablement une bonne idée de l’activité future du laboratoire INBIFO à Cologne après son acquisition par Philip Morris.    

 

 

24 février 1970 - Mémorandum de Joseph F. Cullman 3rd, Président de Philip Morris, à Helmut Wakeham, Director of Research, Philip Morris USA  (PM 1000216742)

 

La possibilité d’obtenir des réponses à certains problèmes sur une base contractuelle en Europe me séduit ; je pense qu’elle présente une opportunité dépourvue des risques et des répercussions indésirables que l’on rencontre dans notre pays.

[…]

Je voudrais aussi que vous continuiez de nous tenir pleinement informés des développements de la recherche qui pourraient, selon vous, aider Philip Morris et l’industrie à contrer les attaques qui sont lancées contre nos produits.

 

Ce mémorandum montre que les instructions d’ouvrir un laboratoire en Europe venaient du sommet de la hiérarchie de Philip Morris. Il transparaît de cette note que le but de la recherche n’est ni objectif, ni neutre, mais bien orienté dans le sens de contrer les attaques contre les produits de Philip Morris. Toute découverte de chercheurs indépendants qui mettrait en évidence la nocivité de la cigarette est perçue comme une attaque. C’est là l’illustration d’un mentalité d’assiégés caractéristique de l’esprit des hauts dirigeants de l’industrie du tabac, qui a persisté d’une façon quasi constante durant la deuxième moitié du XXème siècle. 

 

 

7 avril 1970 – Mémorandum de Helmut Wakeham à C.H. Goldsmith, Président de Philip Morris, Inc. (PM 1000320922)

 

Concerne : Acquisition d’INBIFO

J’ai reçu la confirmation définitive de M. Richard Henninger des Laboratoires Hazleton que TRW a définitivement décidé de vendre INBIFO (Institut für Industrielle und Biologische Forschung GmbH) à Cologne en Allemagne.

[…]

Puisque nous avons un programme de recherche majeur à INBIFO, et puisque c’est un endroit où nous pourrions faire certaines des choses que nous répugnons de faire dans notre pays, je recommande que nous acquérions INBIFO soit en totalité, soit en y ayant des intérêts qui nous en assurent le contrôle.

 

Cela se passe de commentaires : faire des choses que nous répugnons de faire dans notre pays !

 

 

15 avril 1970 - Mémorandum de Helmut Wakeham à C.H. Goldsmith, Président de Philip Morris, Inc. (PM 1000320922)

 

Première page presque identique au mémorandum précédent. En page 2, on lit :

 

M. Hugh Cullman et M. John Murphy de Philip Morris International ont offert leurs services pour acquérir INBIFO de telle sorte que la propriété en serait assurée sous la forme d’une sorte de filiale suisse de FTR. De cette façon, notre participation ne serait pas indûment exposée. Par contre, International a affirmé son total désintérêt pour la gestion opérationnelle d’INBIFO, et désire laisser cela entièrement au département de recherche [à Richmond]. 

 

Décision est prise d’acquérir INBIFO. Le désintérêt de FTR pour la gestion opérationnelle du laboratoire explique peut-être pourquoi un poste de coordinateur externe sera créé, comme nous le verrons plus bas, pour être ensuite proposé à Ragnar Rylander.

 

 

8 décembre 1970 – Mémorandum de H. Wakeham à J.F. Cullman 3rd (PM 2022200161/0163)

 

2. Il a été déclaré que CTR [Council for Tobacco Research] est un programme pour trouver « la vérité sur la fumée et la santé ». Ce qui est vrai pour les uns est faux pour les autres. CTR et l’Industrie ont publiquement et fréquemment niés ce que d’autres considèrent comme étant « la vérité ». Regardons les choses en face. Nous sommes intéressés par les faits qui nient les allégations selon lesquelles la fumée provoque des maladies.

 

Cela a le mérite d’être clair et sans ambiguïté. Cette affirmation de Wakeham nous montre le mode de pensée de la haute hiérarchie scientifique de Philip Morris. C’est la toile de fond sur laquelle se dessine le projet INBIFO.

 

 

Mars 1972 – Rapport scientifique interne (manuscrit) (PM 2501291642/1645A)

 

Titre : INBIFO

[…]

L’expérience qui est actuellement prévue devrait évaluer la capacité de la fumée d’accélérer la croissance des tumeurs dans le système respiratoire des animaux de laboratoire.

 

Les deux documents qui précèdent (celui du 8 décembre 1970 et celui de mars 1972) résument bien le hiatus entre ce que la compagnie prétend savoir et sa connaissance réelle (problème déjà évoqué avec le mémorandum du 26 août 1969). Dès le départ, il est question de faire en interne à INBIFO des études sur le cancer induit par la fumée des cigarettes. Publiquement, cependant, Philip Morris, comme le reste de l’industrie, nie farouchement tout lien entre tabac et cancer et autres maladies. Philip Morris ne reconnaîtra ce lien officiellement qu’en 1999 en publiant sur son site Internet une déclaration disant « Nous sommes d’accord avec le très large consensus scientifique et médical établissant que le tabagisme est la cause de cancers, de maladies du cœur, de l’emphysème et d’autres maladies chez les fumeurs. », c'est-à-dire 35 années après le rapport de 1964 du Surgeon Général aux Etats-Unis reconnaissant officiellement que le lien de cause à effet entre cancer du poumon et fumée était scientifiquement établi.

 

 

28 juillet 1972 – Mémorandum de T.S Osdene, responsable scientifique, Philip Morris R&D, à H. Wakeham (PM 1000259869)

 

Dr. Rylander a retourné mon appel téléphonique aujourd’hui et nous avons brièvement discuté le sujet d’INBIFO. Les points suivants ont été établis :

1. Nous serions intéressés qu’il devienne notre représentant à temps partiel auprès d’INBIFO.

2. Nous demanderions qu’il soit physiquement présent à Cologne au moins 3 jours par mois […].

3. Il serait officiellement inscrit dans les livres de compte de FTR comme un consultant et serait payé par FTR.

4. Ses fonctions, cependant, seraient de superviser nos projets à INBIFO.

5. Nous espérons avoir l’exclusivité de ses services.

 

On note la distinction entre fonction officielle (consultant à FTR) et la fonction effective (superviser les projets de Philip Morris R&D à Richmond). Nous savons que Ragnar Rylander signera un contrat d’engagement qui prendra effet le 1er janvier 1973, se renouvellera tacitement d’année en année, et qui est apparemment toujours en vigueur  à l’heure actuelle.

 

18 septembre 1972 – Mémorandum de T.S Osdene, responsable scientifique, Philip Morris R&D, à H. Wakeham (PM 2501368665/8668)

Considérant quelques problèmes de communication entre INBIFO, FTR et Richmond R&D, particulièrement la transmission de rapports et de factures, je propose de résoudre ces problèmes par le système opérationnel suivant.

[…]

Création d’une position de coordinateur qui sera assumée par une personne ayant une bonne connaissance dans la question de la détermination des effets biologiques de la fumée. Les fonctions comprendront :

(a)   Etre à INBIFO au moins 3 jours par mois,

(b)   Assister dans la préparation et la revue de toutes les propositions de projet de Philip Morris R&D,

(c)    Responsable pour la revue mensuelle de chaque projet de Philip Morris R&D,

(d)   Transmission de tous les rapports techniques à Philip Morris R&D,

(e)    Autoriser tous les paiements mensuels de dépense pour les projets avant leur soumission à FTR. Transmettre copie à Philip Morris R&D pour information seulement,

(f)     Agir en tant que consultant de Philip Morris R&D

[…]

 

Ce mémorandum inclut un diagramme illustrant la position centrale du poste de coordinateur dans les circuits de communication entre FTR, Philip Morris R&D et INBIFO :

 

 

Une note manuscrite de la main de T.S. Osdene, datée du 12 octobre 1972 (PM 2501369649), nous confirme que Rylander est bien la personne pressentie pour ce poste.

 

1er  février 1973 – Note confidentielle de Philip Morris (PM 2501373555)

 



Cette note donne le schéma des lignes de communication entre INBIFO, FTR et Philip Morris R&D. Ce schéma montre le degré de sophistication du système mis en place par T.S. Osdene et le rôle central joué par Ragnar Rylander dans ce dispositif (Ragnar Rylander est désigné par ses initiales, RR)

 

 

29 mai 1973 – Note manuscrite (écriture de T. Osdene) sur papier à entête de l’Université de Genève. Notes relative à une réunion de coordination à l’IMSP entre Thomas Osdene, Helmut Gaisch (Philip Morris Europe, Director of Science & Technology), H.P. Stauffer, Fabriques de Tabac Réunies, et Ragnar Rylander (PM 1000014127)

 

 

1. Organiser les protocoles de base + évaluation

Gaisch – Hamster – limiter les critères à la formation visuelle de tumeurs (macroscopique)

[…] réaction SH relative à la formation de tumeurs.

[…]

Rylander – Faire un projet de liste des critères requis

Discuter informellement FTR + U.S. – INBIFO

 

La réunion porte en toute vraisemblance sur l’organisation de la recherche à INBIFO. Il y est question à deux fois de formation de tumeurs.  L’Institut de Médecine Sociale et Préventive de Genève apparaît être utilisé comme « camp de base » pour la coordination des opérations d’INBIFO décidée entre Philip Morris USA, FTR, INBIFO et Ragnar Rylander.

22 avril 1976 – Mémorandum confidentiel de R.B. Seligman, Vice-president, R&D, Philip Morris à T.S. Osdene (PM 2000511936)

 

Merci de bien vouloir établir un protocole pour définir la toxicité des différentes formules de goût combinées, que nous désignons par « goût enrichi ». Les niveaux de toxicité aigus et sub-aigus doivent être déterminés. L’étude doit inclure des techniques d’inhalation et les mesures de l’irritation.

Nous désirons maintenir la confidentialité sur ces résultats ; en conséquence, nous devons considérer l’utilisation d’INBIFO. De plus, il serait préférable de soumettre l’échantillon par l’intermédiaire de FTR et utilisant un code spécifique. Dans tous les cas, nous devons être très prudents quant à la façon d’établir ce projet et de rendre compte des résultats.

 

On note que INBIFO est utilisée lorsque Philip Morris désire garder les résultats confidentiels, et que les échantillons sont d’une part codés, et d’autre part pas envoyés directement à INBIFO, mais transitent par FTR.

 

 

31 mars 1977 – Lettre personnelle et confidentielle de Robert Seligman à Max Hausermann, Philip Morris Europe S.A. à Neuchâtel (PM 2000512794/2795)

 

Cher Max,

 

            J’ai reçu une copie de la lettre du 24 mars 1977 envoyée par Helmut Gaisch à Jerry Osmalov concernant les analyses des résidus de pesticides. Comme cette lettre vous a été copiée, vous savez que Helmut demandait que l’on envoie les échantillons directement à INBIFO. Cette procédure suggérée est en conflit direct avec notre communication depuis le bureau de New York. Nous n’avons pas ménagé nos peines pour éliminer tout contact écrit avec INBIFO, et nous désirons préserver cette structure.

 

            En conséquence, j’avise Jerry Osmalov de continuer d’envoyer les échantillons à Neuchâtel pour être ré-expédiés à INBIFO. Si cette procédure n’est pas acceptable pour vous, peut-être pourrions-nous considérer une adresse postale « factice » à Cologne pour la réception des échantillons. Les données analytiques écrites devront toujours être acheminées par FTR pour nous permettre d’éviter tout contact direct entre INBIFO et Philip Morris U.S.A.

 

 

Non daté : Note manuscrite de Thomas Osdene, Director, R&D, Philip Morris U.S.A. attachée à la précédente lettre (PM 2046754688 ou meilleure copie : PM 1000130803)

 

  1. Envoyer tous les documents à Cologne, par Tom
  2. Les garder à Cologne !
  3. OK pour les téléphones et les télex (ces derniers seront détruits)
  4. Merci de mettre à disposition une armoire à dossiers pour les documents. Jim se chargera de mettre cela en ordre à la fin août ou au début septembre
  5. Nous contrôlerons cela en personne chaque 2-3 mois
  6. Si des lettres ou des documents importants doivent être envoyés, envoyez-les à la maison – je prendrai les actions nécessaires et je les détruirai.
  7. Avertir Rylander – pour la correspondance au sujet d’INBIFO
  8. Est-ce que UH [Ulrich Hackenberg, directeur d’INBIFO], RR [Ragnar Rylander] et TSO [Thomas Osdene] peuvent se réunir en juillet à Cologne pour en discuter.

 

Les deux documents précédents ont été cités dans de nombreux procès américains. La note manuscrite d’Osdene est le « trial exhibit 2501 » du procès intenté par l’état du Minnesota contre l’industrie du tabac. Le titre de la pièce est « Note manuscrite par Osdene concernant l’envoi de documents à Cologne et la destruction de lettres confidentielles ».

 

 

21 mars 1980 – Mémorandum de W. L. Dunn, Principal Scientist, Philip Morris R&D à R.B. Seligman, Vice président, Philip Morris (PM 1003289969/9970)

 

La psychopharmacologie de la nicotine est un sujet hautement vexatoire. C’est là que se trouve l’action pour ceux qui font de la recherche fondamentale sur la fumée, et où on peut s’attendre à des développements scientifiques significatifs qui peuvent profondément influencer l’industrie. Et cependant, c’est là que nos avocats veulent le moins nous voir, pour deux raisons. […] La première raison est la plus ancienne et est implicite dans la stratégie légale employée au cours des ans dans la défense de les intérêts corporatifs de l’industrie contre les revendications des descendants et des successions des fumeurs décédés : « Nous dans l’industrie sommes ignorants de toute relation entre la fumée et les maladies. Dans nos laboratoires aucun travail n’est fait sur les systèmes biologiques. ». […]

Ceci nous amène à la deuxième préoccupation de nos avocats. C’est un problème récent qui vient des chances accrues de succès des efforts législatifs visant à transférer l’autorité de régulation de la fabrication des cigarettes vers une agence fédérale (F.D.A.). […] En conséquence, bien qu’il nous soit permis de continuer le développement d’un triple programme d’étude de la nicotine en tant que drogue, cette opération doit rester invisible. […] Les Don Hoels et Ed Jacobs et nos avocats d’entreprise considèrent que leur mission est de protéger l’industrie non seulement d’une défaite mortelle devant les tribunaux, mais aussi contre le harcèlement de la réglementation. […] Nos avocats, cependant, vont de toute vraisemblance continuer d’insister sur un effort clandestin afin de conserver un profil bas à la nicotine en tant que drogue.

 

Ce mémorandum nous éclaire sur la motivation centrale de Philip Morris : feindre l’ignorance afin d’éviter d’être tenu pour responsable des décès des fumeurs. Pour cela, il fallait prétendre qu’aucune recherche biologique n’était en cours. Même si ce document ne fait pas de référence explicite à INBIFO, on sait, d’après le témoignage de Richard Carchman devant les tribunaux américains, qu’INBIFO était le centre d’excellence de Philip Morris pour les tests biologiques, et d’autre part le lieu privilégié où pouvait s’effectuer les travaux de recherche que Philip Morris « répugnait » de faire aux USA. On peut donc en déduire qu’INBIFO devait vraisemblablement jouer un rôle important dans les efforts clandestins de la multinationale afin que le programme de recherche sur la nicotine reste invisible.

 

On remarque l’étonnant contraste entre cette politique de l’ignorance feinte dans les rapports avec l’extérieur et la volonté de la multinationale, énoncée dans le mémorandum de Wakeham du 26 août 1969, de mieux connaître ses produits que quiconque, et de prendre les concurrents et adversaires de vitesse dans la recherche biologique afin de ne pas être pris par surprise. 

 

     

20 mai 1980 – Mémorandum de T.S. Osdene (PM 2001225907 et 2001225908)

 

Concerne : Présentation d’articles d’INBIFO à un symposium sur la fumée de tabac environnementale

 

Je demande votre approbation pour la présentation par INBIFO d’une série de trois articles dans une conférence à venir sur la fumée de tabac ambiante.

 

Les raisons principales pour permettre à INBIFO de participer au symposium sont :

1)      J’ai discuté de ces 3 articles avec Don Hoel de Shook, Hardy & Bacon et il pense que nous ne prenons pas de risque majeur en acceptant qu’INBIFO présente ces informations.

2)      La présentation des ces articles nous serait utile sur certains aspects de la question de la fumée ambiante (Hoel partage cet avis.)

3)      La participation à ce symposium est peut-être notre meilleure occasion d’avoir ces informations sous une forme publiée à un stade précoce et d’avoir donc des données solides dans la littérature.

4)      Les présentations seraient identifiées comme venant seulement d’INBIFO ; quoiqu’il en soit, il ne sera fait aucune mention de Philip Morris.

 

Ce mémorandum illustre le rôle de censeur de la recherche joué par les avocats, et confirme le caractère secret des liens entre INBIFO et Philip Morris USA.

 

 

20 octobre 1981 – Rapport INBIFO A 0500/3024 adressé à Ragnar Rylander (PM 2028790624/0637)

Le rapport est adressé à :

Dr. MED. R. RYLANDER

C/O FABRIQUES DE TABAC REUNIES S.A.

SWITZERLAND

 

Il fait état d’une expérience consistant à badigeonner le dos de souris avec un condensé d’une cigarette codée, la cigarette x6doeg, et d’observer l’apparition de tumeurs. L’expérience met clairement en évidence l’apparition de tumeurs , d’autant plus important que la quantité appliquée est plus grande.

 

L’adresse d’expédition c/o Fabriques de Tabac Réunies peut sembler curieuse, mais elle résulte du contrat passé entre Philip Morris et Rylander, selon lequel celui-ci est officiellement enregistré dans les livres de compte de FTR alors qu’effectivement il travaille pour Philip Morris USA à Richmond.  

 

Rylander reçoit tous les rapports d’INBIFO destinés à Philip Morris USA, ce qui représente de dizaines d’études. L’exemple ci-dessus n’en est qu’une illustration prise au hasard. Un document de Lorillard (Lorillard 83798109/8118) donne une liste de 30 rapports d’INBIFO dont Rylander est le destinataire entre août 1973 et mars 1978. Et il n’est pas certain que cette liste soit complète pour la période qu’elle recouvre.

 

On peut déduire que Ragnar Rylander était probablement une des personnes les mieux informées au monde sur la toxicité du tabac. Ce qui ne l’a pas empêché de consacrer une partie substantielle de sa carrière académique officielle à des études niant ou minimisant la nocivité de la fumée, en particulier de la fumée ambiante.  

 

 

26 janvier 1982 – Lettre de Ragnar Rylander à Thomas Osdene (PM 1000081782/1784)

 

Les résultats de premières expériences sur la fumée secondaire [à INBIFO] sont disponibles et confirment les observations précédentes que ce type de fumée pour une densité identique des TPM [particules en suspension] est plus irritante et/ou toxique. L’histologie révèle des lésions plus avancées de l’épithélium nasal et de l’hyper- et métaplasie dans les zones qui ne sont pas affectées par la fumée primaire. Le niveau de cornification observé chez ces animaux n’a jamais été vu auparavant.

 

En 1982, les travaux de recherche d’INBIFO sur la fumée secondaire révèlent la haute nocivité de celle-ci. Rylander observe très clairement sa toxicité élevée, sa capacité à créer des lésions à un niveau jamais observé auparavant. Le principe de précaution aurait voulu qu’après une telle découverte, la communauté scientifique et médicale en soit informée, sans même attendre à ce que les résultats soient confirmés à 100%. Or, nous le verrons plus loin, rien de tout cela n’a été fait. Il faudra attendre 12 ans pour avoir la première publication d’INBIFO sur ses expériences sur la fumée secondaire.    

 

 

1989 – Note venant du dossier « ETS/Nelson Deane » (PM 2023552635/2636)

 

Au travers de notre responsabilité pour la direction technique d’INBIFO, de nombreuses études d’inhalation animale ont été effectuées pour analyser les effets sur les rats et les hamsters de la fumée secondaire fraîche et âgée. […] (A l’exception d’une brève présentation à l’ETSAG [ETS Advisory Group du Tobacco Institute] d’une des expériences d’INBIFO, personne ne sait rien au sujet de notre travail sur la fumée secondaire, particulièrement à l’intérieur de PM.)   

 

Le secret concernant les opérations d’INBIFO est maintenu non seulement à l’extérieur de Philip Morris, mais aussi à l’intérieur de la multinationale, ce qui se comprend. Cela se comprend : afin d’éviter tout risque de fuite, il fallait impérativement limiter le nombre de personnes au courant à un très petit cercle.

 

 

31 janvier 1989 – Facture No. 89009 d’INBIFO à Fabriques de Tabac Réunies (PM 2021614810/4811)

 

La facture est tamponnée avec un tampon qui porte la mention (en anglais) :

 

Arrivé le………

Paiement approuvé le………

……

Ragnar Rylander

 

Ragnar Rylander ajouté à la main la date d’arrivée du document, la date d’approbation du paiement et a apposé sa signature. Il approuvera ainsi durant la seule année 1989 le paiement de factures totalisant 12 millions de DM.

 

 

29 août 1989 – Télex de Robert Pages, Principal Scientist, R&D, Philip Morris USA à W. Reininghaus, FTR (PM 2025990429)

 

Dans sa première partie, ce télex parle du programme de la visite de Ragnar Rylander à INBIFO. Voici la deuxième partie :

 

Concerne : L’étude Batelle sur le glycérol et l’histopathologie du larynx

L’information (photomicrographies, etc.) qu’INBIFO nous a envoyée au début du mois a été discutée et passée en revue par Carchman et Jim Charles. Hier, Carchman a parlé de ce sujet avec l’avocat à Washington. Ce qu’ils ont décidé est de mettre l’information à disposition du consultant de l’industrie pour qu’il la passe en revue – Robert Squire (en tant que consultant de l’industrie Squire est en réalité employé par l’étude d’avocat. […] (Nous sommes toujours anxieux de garder confidentiel le fait qu’INBIFO a réalisé ses propres études d’inhalation du glycérol.)     

 

Il faut noter que le glycérol est un humectant utilisé dans la composition des cigarettes.

 

 

27 Octobre 1990 – Memorandum de William J. Crampton, avocat, PMI à Alexander Holtzman, Assistant General Counsel for Philip Morris, Inc (PM 2023226100, 2023226101, 2023226102, 2023226103)

 

Concerne : La saisie de documents sur la recherche dans des laboratoires étrangers par des tribunaux américains

[…]

Bien que nous ne connaissions pas le détail de la plupart des travaux effectués à INBIFO, ou de la recherche à FTR, nous sommes préoccupés par le fait qu’il est possible de glaner assez d’informations sur l’existence de ces entités à partir des pièces produites par Philip Morris [dans des procès] et des réponses aux interrogatoires pour donner lieu à des requêtes de saisie de documents se trouvant dans ces laboratoires.   

 

Après une étude détaillée, le rapport de l’avocat conclut que les documents qui se trouvent à INBIFO et FTR ne sont pas hors de portée de la justice américaine. A partir de ce moment, le rôle d’INBIFO va évoluer vers une ouverture graduelle.

 

 

2 décembre 1993 – Mémorandum de Lee. E. Stanford, avocat de Shook, Hardy & Bacon (PM 2043725390 et PM 2043725391)

 

Les rapports finaux sur la recherche concernant les produits de PM USA sont envoyés à Richmond pour être passés en revue et sont ensuite retournés à INBIFO. Les documents et les données pertinentes sont gardées à INBIFO.

 

Les rapports sont renvoyés à INBIFO : il apparaît donc que Philip Morris ne veut pas conserver de trace matérielle de ces études aux U.S.A.

 

 

5 juillet 1994 – Fax de H.-J. Haussmann, INBIFO, à William Davis, de Shook, Hardy & Bacon (PM 2057358043/8044)

 

Concerne : Littérature publiée sur les études d’inhalation animale en utilisant des modèles émulant la fumée ambiante

 

L’article par Teredesal et Prühs (1994) est le premier rapport publié sur nos études d’inhalation de la fumée secondaire sur des rongeurs.

[…]

Je vais aussi préparer un résumé d’ensemble de nos études d’inhalation sur la fumée de tabac environnementale/la fumée secondaire car la plupart d’entre elles n’ont pas (encore) été publiées. 

 

Ce mémorandum nous fournit une confirmation que des études sur la fumée secondaire ont bien eu lieu à INBIFO mais qu’elle n’ont fait l’objet d’aucune publication jusqu’en 1994, date de l’article cité qui est la première et seule publication au 5 juillet 1994, soit douze années après la note de Rylander observant la haute toxicité de la fumée secondaire.

 

 

4 mars 1997 – Mémorandum de R.A : Carchman à Cathy Ellis, Senior Vice President, PMUSA et Richard Cox, PMUSA (PM 2063655309)

 

J’ai besoin de votre soutien pour faire en sorte  que les études sur la fumée ambiante conduites et terminées à INBIFO soient soumises à publication dans des revues scientifiques évaluées par des pairs.  A l’heure actuelle, une publication sur l’exposition sub-chronique à la FSS/RASS sera prête pour soumission à une revue dans approximativement un mois. […]

 

En 1997, soit 15 années après les premières recherches, des instructions sont données pour que les études sur la fumée ambiante conduites à INBIFO soient publiées. Il s’agit là d’un réveil bien tardif. La pression des procès américains, et en particulier celui du Minnesota, ferait-t-elle sont effet ?

 

 

29 février 1996 – Déclaration écrite sous serment de Ian L. Uydess, chercheur à Philip Morris, R&D, produite le 18 mars 1996 par la Food and Drug Administration (FDA) (PM 2063121841/1865)

 

J’ai commencé à observer une forme d’activités à l’intérieur de R&D qui, pour une raison ou une autre, a attiré mon attention.

[…]

J’ai appris (du Dr Osdene, aussi bien que de certains de ses collaborateurs) qu’il faisait des déplacements périodiques en Allemagne pour rendre visite à des « partenaires externes » qui lui fournissaient un soutien pour certains de ses projets (ou ceux de Philip Morris).  […] Un de ces partenaires était INBIFO. J’ai trouvé par la suite (en demandant autour de moi) que pratiquement personne ne connaissait rien au sujet d’INBIFO, sans parler des raisons pour lesquelles le Dr Osdene faisait régulièrement ses voyages vers ces autres endroits en Europe. […] Je me rappelle aussi avoir entendu, à une occasion, que des résultats et/ou des observations initiales venant de certains programmes du Dr Osdene étaient communiqués oralement, plutôt que par écrit (apparemment à la demande du Dr Osdene et/ou du Dr Charles).

En bref,  il semblait qu’il y avait à Philip Morris une compagnie à l’intérieur de la compagnie qui effectuait ses recherches « derrière la scène » sur la base de ce qui était « strictement nécessaire de savoir ». Curieusement,  beaucoup (si ce n’est pas toutes) ces activités apparaissaient liées, d’une façon ou d’une autre, à des sujets sensibles ayant un rapport avec le tabac et la santé ou à l’impact de la nicotine sur le comportement.

Je suis conscient que de tels « cercles internes » existent dans beaucoup de compagnies. Cependant, il me semblait que ce groupe de dirigeants haut placés, de directeurs et de scientifiques étaient en train de prévoir et de coordonner des études qui fournissaient des informations sur les produits de Philip Morris (ou leurs composants) qui pouvaient potentiellement avoir un effet sur la santé et le bien-être du public (le fumeur).

Cette « compagnie intérieure », comme je l’appelle, est apparue être coordonnée en premier par le Dr Osdene (années 1970 et début des années 1980) et plus tard (dès le milieu des années 1980) par le Dr Charles, et comprenait des individus sélectionnés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de Philip Morris. Je suis convaincu que certains de ces groupes ou personnes (en particulier celles à l’intérieur de Philip Morris) pouvaient ne pas même savoir qu’elles étaient utilisées comme « ressources » de cette « compagnie interne », alors que les autres (« le cercle interne ») étaient parfaitement au courant, au minimum, de cette alliance informelle et de ses activités.

 

 

Avril 1997 – Plainte déposée par Mike Fischer, Attorney General de l’Etat de Pennsylvanie contre Philip Morris (texte complet: http://www.library.ucsf.edu/tobacco/litigation/pa/pacomplaint.pdf ou extrait: http://www.attorneygeneral.gov/ppd/tobacco/tablit/tlindus.cfm)    

 

175. Des documents récemment rendus publics ont révélé que l’industrie du tabac utilisait des laboratoires à l’étranger pour mieux assurer le succès de leurs stratagème frauduleux dont le but était de dissimuler la recherche la plus dommageable sur la dépendance à la nicotine en la gardant hors de portée des enquêtes conduites à l’intérieur du pays.

 

176. En avril 1970, Helmut Wakeham, le vice président de Philip Morris pour la recherche et le développement, a été l’auteur d’un mémorandum dans lequel il pressait Philip Morris d’acheter un laboratoire allemand appelé l’Institut pour la recherche biologique, ou « INBIFO ». Wakeham faisait référence au laboratoire comme « un endroit où nous pourrions faire certaines des choses que nous répugnons de faire dans ce pays ». Peu de temps après, la filiale de Philip Morris, Fabrique de Tabac Réunies, achetait le laboratoire allemand, qui a été rapidement utilisé non pas pour des recherches objectives, mais plutôt comme d’un nouveau canal pour les activités frauduleuses de Philip Morris.

 

177. Un ex-chercheur de Philip Morris, Ian Uydess, a récemment dit à la Food and Drug Administration (« FDA ») qu’au début des années 1980, le directeur de la recherche de Philip Morris, Thomas S. Osdene, lui avait suggéré que certaines des études sur la nicotine « pouvaient être réalisées en Allemagne à INBIFO s’ il s’avérait qu’elles étaient ‘trop sensibles’ pour être faites à Richmond », où Uydess travaillait.

[…]

179. En plus d’envoyer des pièces à conviction en Europe, les compagnies de tabac ont aussi institué une politique explicite de destruction de recherche qui pouvait leur faire du tort. […] Un autre document de Philip Morris, qui apparaît être écrit à la main par le directeur de la recherche Osdene, donne les instructions suivantes : « Si des lettres ou des documents importants doivent être envoyés, veuillez les envoyer à la maison, j’entreprendrai les actions nécessaires et je les détruirai. »

 

 

29 décembre 2000 – Témoignage de Richard Carchman dans le procès Robert A. Falise et al. vs The American Tobacco Company, et al., New York

 

Q. Pouvez-vous donner au jury une idée du type de travail qui était fait à INBIFO lorsque vous travailliez chez Philip Morris ?

R. INBIFO était notre centre d’excellence pour les test biologiques et, par extension, pour les test des ingrédients dont vous parliez auparavant […] en considérant les aspects métaboliques, biochimiques et moléculaires d’une variété de maladies liées à la fumée de tabac.

[…]

Q. Connaissez-vous un endroit dans le monde aujourd’hui qui a de meilleures installations d’inhalation animale qu’INBIFO ?

R. Non. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai finalement décidé de rester chez Philip Morris. 

 

 

6 juin 2001 – Verdict du jury dans le procès Richard Boeken contre Philip Morris et al.

 

Après 9 jours de délibérations, un jury californien condamne Philip Morris à payer une indemnité de 5.5 millions de dollars à Richard Boeken, fumeur atteint d’un cancer, assortie d’une amende de 3 milliards de dollars au bénéfice du plaignant (« punitive damage »), montant qui sera réduit en appel à 100 millions de dollars. Le jury a jugé Philip Morris coupable de fraude, négligence et conspiration, confirmant les charges contenues dans la plainte de Boeken., dont nous citons quelques extraits :

 

58. […] [Les fabricants de tabac] ont dénaturé, supprimé et créé la confusion au sujet des dangers de la fumée, y compris la dépendance. Ils ont dissimulé ce qu’ils savaient en fait à partir de des résultats, négatifs pour leurs produits, de leurs propres recherches sur la santé et la dépendance. […] Les fabricants de tabac ont prétendu, faussement, qu’il n’y avait pas assez de recherche « objective » pour déterminer si la cigarette provoquait des maladies. […] Les fabricants de cigarettes, y compris Philip Morris, ont utilisé des avocats pour détourner la recherche objective de ses buts en créant des résultats favorables à ses thèses relatives aux conséquences de la fumée sur la santé, ou en supprimant et/ou détruisant les découvertes non favorables.

[…]

69. […] Cette plainte est le résultat d’une conspiration des fabricants de tabac, qui se perpétue à l’heure actuelle, à laquelle participe Philip Morris, Inc. […], et dont les buts sont les suivants :

  1. supprimer et/ou dissimuler intentionnellement  la connaissance des effets nocifs de la fumée de cigarette, privant de cette connaissance le public, la presse, le gouvernement, y compris le plaignant ;
  2. faire intentionnellement obstacle à la circulation de l’information entre la communauté scientifique et médicale et le grand public au sujet des risques associés à la cigarette et de la dépendance tabagique ;   

[…]

  1. d’avoir délibérément et sciemment menti, trompé et d’avoir improprement influencé les décideurs politiques et les législateurs dans les gouvernements locaux, des états et nationaux dans le but d’éviter et/ou de contrôler la réglementation de la vente de cigarettes aux consommateurs, y compris le plaignant ;

[…]

  1. et de créer intentionnellement l’illusion qu’une « controverse » médicale et scientifique existait au sujet de la nocivité des cigarettes pour la santé humaine, alors qu’en réalité et en fait aucune controverse de la sorte n’existait, dans le but d’encourager le public à commencer ou à continuer de fumer des cigarettes.

 

 

pad/2002-05-04/ver.4      



[1] Les textes originaux sont en anglais. Toutes les traductions présentées ici sont non certifiées. En cas de doute, se référer à l’original, qui seul fait foi.