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Etude genevoise de Ragnar Rylander sur les enfants

Pascal A. Diethelm

 

Le présent document a été réalisé à la demande des associations CIPRET-Genève et OxyGenève. L’auteur remercie Jean-Charles Rielle, médecin-responsable du CIPRET-Genève pour sa précieuse collaboration.

 

En consultant le site Internet de l’Institut de Médecine Sociale et Préventive (IMSP) de Genève, institut rattaché à la Faculté de médecine de l’Université de Genève, on trouvait, jusqu’à fin février 2002, sous la rubrique « Recherche » le texte suivant :

 

Alimentation et mode de vie

Objectifs
Notre but est avant tout de comparer des populations exposées ou non à un facteur particulier (magnésium, tabac) et de mettre en relation ce facteur avec d'autres facteurs de l'environnement: Facteurs protecteurs (magnésium) et facteurs associés ou confondants liés au mode de vie (tabagisme). Nos investigations visent aussi à établir des recommandations pour les méthodologies à appliquer aux études environnementales.
Personnes impliquées
Responsables : Prof. Ragnar Rylander, médecin

[…]

 

Infections respiratoires chez les jeunes enfants et facteurs de l'environnement

Objectifs
Détermination de l'influence de la nutrition et d'autres facteurs de l'environnement sur les maladies des voies respiratoires chez les enfants de 4 à 6 ans.
Méthodes
Population: 300 enfants randomisés (visite médicale obligatoire en début de scolarité)
Questionnaire: aux parents (fréquences de consommation alimentaire, épisodes de maladies respiratoires, conditions d'habitation, tabagisme des parents, fratrie, éducation...).
Résultats
Les allergies sont un facteurs de risque pour toutes les infections.
L'humidité dans l'habitat montre un risque plus élevé pour le rhume, les maux de gorge et les otites, la présence de moisissures pour l'otite.
La fréquentation d'une crèche augmente le risque de rhume et de bronchite.
Conclusion
Pas de relation entre l'alimentation et les symptômes respiratoires. La fumée de tabac dans l'environnement ne modifie pas les risques de maladie. Par contre, on a trouvé une causalité entre certains symptômes et l'humidité ou les moisissures dans l'habitat.
Partenaire
Service Santé Jeunesse

 

Une des conclusions de l’étude peut surprendre : La fumée de tabac dans l’environnement ne modifie pas les risques de maladie.[1] En d’autres termes, les auteurs de cette recherche affirment que l’exposition d’enfants à la fumée de tabac n’a aucune incidence sur leur santé respiratoire.

 

On retrouve la même conclusion dans l’article publié par le Prof. Rylander et son assistante, Ysabelle Mégevand, en septembre/octobre 2000 dans la revue scientifique américaine Archives of Environmental Health. On peut lire dans cet article les déclarations suivantes :

 

Le nombre de cigarettes fumées à la maison ou tout autre expression de l’exposition à la fumée de tabac ambiante n’est pas lié à un risque accrû de maladie. 

[…]

En conclusion, dans cette étude, nous avons démontré que les conditions liées à l’habitation (c.-à-d. l’humidité, la présence de moisissures, et le nombre d’années passées dans des crèches) sont des facteurs majeurs de risque pour les infections respiratoires chez les enfants. L’alimentation et l’exposition à la fumée ambiante ne sont pas associées avec un risque accrû d’aucune des maladies étudiées. [2]

 

Ces conclusions ne manqueront pas d’étonner les spécialistes de santé publique. Elles sont en effet à l’opposé du consensus scientifique sur la question. Par exemple, l’OMS a organisé en janvier 1999 une conférence intitulée Consultation internationale sur la fumée de tabac environnementale (FTE) et la santé des enfants, à laquelle ont été conviés des experts du monde entiers. L’OMS résume ainsi les conclusions de ces experts :

 

La consultation a conclu que la FTE est une menace réelle et substantielle sur la santé de l’enfant, qui provoque la mort et la souffrance à travers le monde. L’exposition à la fumée ambiante cause une grande variété d’effets néfastes sur la santé des enfants, y compris des infections du système respiratoire inférieur telles que pneumonies et bronchites, la toux, la respiration sifflante, l’aggravation de l’asthme, et les maladies de l’oreille moyenne. L’exposition des enfants à la fumée de tabac environnementale peut aussi provoquer des maladies cardio-vasculaires dans leur vie adulte et peut induire une déficience neuro-comportementale.[3]

 

L’étude suisse SCARPOL intitulée Les effets de l’exposition à la fumée environnementale sur les symptômes respiratoires des enfants,  dans laquelle 4470 enfants ont été étudiés, arrive à des conclusions similaires à celles des experts de l’OMS :

 

Près de la moitié des écoliers en Suisse, et plus particulièrement ceux des classes socio-économiques peu privilégiées, sont exposés à la fumée de tabac environnementale. […] Les enfants qui sont exposés à la fumée dans leurs lieux d’habitation ont un risque accrû d’infections respiratoires. [...] L’association entre l’exposition à la fumée de tabac environnementale et les symptômes respiratoires est en accord avec plusieurs études antérieures qui ont démontré cette association, plus particulièrement chez les jeunes enfants (en dessous de cinq ans). […] Nous concluons que notre étude fournit et confirme les indications selon lesquelles l’exposition à la fumée de tabac ambiante est un facteur de risque environnemental hautement prévalent pour les enfants, dans la période prénatale et après la naissance. En fait, l’exposition à la fumée de tabac ambiante constitue le polluant de l’air numéro un pour les enfants.[4]

 

Il est difficile de savoir par quel détour les deux chercheurs de l’Université de Genève sont arrivés à des conclusions opposées à celles de la communauté scientifique mondiale. Ce qui par contre distingue significativement leur travail de celui des autres scientifiques est sa source de financement. On sait maintenant que les leurs travaux ont été payés par Philip Morris. Contrairement aux apparences, il ne s’agissait donc pas de recherche indépendante, mais d’une recherche financée par une entreprise directement concernée commercialement par ses résultats.

 

Lorsqu’un chercheur est confronté à une telle situation de conflit d’intérêt, l’éthique demande qu’il ou qu’elle déclare dans ses publications la source du financement de ses travaux. Cette transparence a pour but, entre autres, de permettre aux autres chercheurs d’interpréter ses résultats avec la prudence nécessaire – il est notoire que les industries sont très réticentes à financer des travaux qui sont contraires à leurs intérêts. Malheureusement, les chercheurs de l’Université de Genève ont omis d’indiquer la source du financement de leur projet. Ni le site de l’IMSP, ni l’article publié en 2000 dans Archives of Environmental Health ne contiennent la moindre indication que le projet a été financé par Philip Morris.          

 

Nous citons ci-dessous une série de documents se rapportant à l'étude entreprise par Rylander sur la relation entre exposition à la fumée de tabac environnementale et les maladies respiratoires chez les enfants. Le premier de ces documents date de 1990. Ces pièces nous permettent de reconstituer l’évolution du projet et le cadre dans lequel il s’est déroulé, et donnent une idée de certaines de ses motivations. Il est clair que cette reconstitution à partir de documents venant d’une source unique, le site de Philip Morris, www.pmdocs.com, court le risque d’être incomplète. Elle permet néanmoins d’appréhender de manière suffisante la genèse, le financement et le développement de l’étude sur les enfants et la fumée passive qui a débouché sur la publication dans Archives of Environmental Health.

 

Rappelons pour mémoire qu’au début des années 90, Ragnar Rylander, professeur associé à l’Institut de Médecine Sociale et Préventive de Genève, travaillait comme consultant de Philip Morris USA à Richmond, services pour lesquels il recevait, bon an mal an, la somme de 90’000 dollars, alors que cette activité, selon ses propres déclarations, ne lui prenait pas plus de 10% de son temps. Une note interne de Philip Morris datée de 1991 nous apprend que le paiement de cette somme était un engagement (on présume contractuel) et que ces 90'000 dollars lui étaient payés indépendamment de ce que Philip Morris lui demandait de faire. (PM 2023223287/3290)[5].  Son principal interlocuteur à Philip Morris était le Dr Thomas Osdene, Vice President, Science & Technology.   

 

1.         La première mention de l’étude sur les enfants apparaît dans un fax que Ragnar Rylander envoie le 6 septembre 1990 à Thomas Osdene, et dans lequel il lui dit : Je me suis rendu à Inbifo[6]  hier et j’ai eu une bonne discussion au sujet de la fumée de tabac environnementale. J’ai commencé une étude pilote à Genève sur la santé respiratoire chez les enfants et les habitudes alimentaires dans le but de tester l’hypothèse que ceci pouvait être important et aussi lié à la FTE comme je l’ai décrit dans ma lettre à l’EPA. (PM 2023533859)
 

2.         Le 29 janvier 1991, Ragnar Rylander écrit à Thomas Osdene, Vice President, Science & Technology, de Philip Morris : Comme convenu je vous tiendrai informé du développement des projets spéciaux suivants : 1. Les développements du groupe de Linda Koo, particulièrement les facteurs de risque pour le cancer des poumons chez les non-fumeurs 2. L'étude de Genève sur les maladies respiratoires des enfants en relation avec les habitudes alimentaires et la fumée de tabac environnementale […]. (PM 2023533597) Notons que l'étude genevoise sur les enfants fait partie dès le départ des projets spéciaux.

3.         Le 18 février 1991, Rylander adresse à Osdene une lettre de deux pages dans laquelle il consacre un grand paragraphe à l'étude genevoise : Le questionnaire pour le projet de Genève sur les maladies respiratoires et les habitudes alimentaires chez les enfants a maintenant été finalisé et j'ai organisé une réunion avec le groupe qui va faire les interviews. L'étude doit démarrer dans les semaines à suivre et nous serons probablement en mesure d'effectuer une analyse préliminaire avant l'été. Mon plan est que l'étude doit s'étendre sur au moins une année, mais à un point intermédiaire, il y aura probablement un besoin de discuter la méthodologie et les critères pour les symptômes avec quelqu'un qui connaît bien les maladies respiratoires, tel que Mike Lebowitz. (PM 2023533214/3215) On note que Rylander se lance d'abord dans l'étude et qu'il envisage seulement après de discuter la méthodologie et les critères pour les symptômes, ce qui laisse la porte ouverte à toutes sortes d'ajustements en fonction des premiers résultats. On constate aussi que Rylander n'envisage pas de demander l'avis d'un expert suisse, tel que par exemple le professeur Leuenberger de Lausanne, ou un collègue à l'Université de Genève, mais propose le nom de M. Lebowitz, qui est un consultant de l'industrie du tabac (PM 2023590213/0299 p.31).

4.         Le 26 mars 1991, Rylander informe Osdene par fax : Le programme de Genève sur les enfants et les infections - habitudes alimentaires va commencer peu après Pâques - le questionnaire a maintenant été testé à l'aide d'une expérience pilote. (PM 2023533547)

5.         Le 15 avril 1991, Rylander écrit une lettre à Osdene pour le tenir au courant de ses activités. Il parle du projet genevois en ces termes : Nous avons aussi passé en revue le projet genevois sur la santé respiratoire des enfants en relation avec l'exposition à la fumée ambiante et leurs habitudes alimentaires. La collecte des données va commencer cette semaine et d'ici à juin/juillet nous espérons avoir assez de matière pour faire une analyse préliminaire. Si les données ont l'air bonnes, je prévois de demander de l'argent pour lancer une étude plus complète dans le courant de l'année prochaine. . (PM 2023533416/3417)  Lorsque Rylander dit à Osdene que si les données sont "bonnes", il demandera plus d'argent pour continuer le projet, il ne peut pas ignorer que pour Osdene, de "bonnes données" sont des données qui renforcent la thèse de l'industrie du tabac en exonérant la fumée ambiante de toute nocivité sérieuse pour la santé du non-fumeur.

6.         Nouveau fax de Rylander à Osdene le 3 mai 1991 : Les divers projets progressent bien - nous avons maintenant terminé 150 interviews à Genève dans l'étude sur les maladies respiratoires des enfants et de leurs habitudes alimentaires et avant l'été nous aurons assez de données pour faire la première évaluation. (PM 2023533418)

7.         Le 20 mai 1991, Rylander envoie un fax à Osdene et annonce : Le travail sur le terrain pour l'étude de Genève sur les enfants, les maladies respiratoires et les habitudes alimentaires est maintenant terminé et nous allons analyser les données dans les mois qui suivent. (PM 2023533353)

8.         Le 15 juillet, Rylander envoie un fax à Donald Hoel, avocat de l’étude Shook, Hardy & Bacon qui assiste Philip Morris et l’industrie du tabac américaine : En ce moment, je suis occupé à écrire un éditorial sur les maladies respiratoires des enfants et l'exposition à la fumée ambiante. Apparemment, je suis toujours accepté dans quelques cercles scientifiques !!! Donnez-moi un coup de téléphone dès que cela vous convient. (PM 2023856072)

9.         Non seulement le message est bien reçu, mais il crée quelques remous. Dans une note du 19 juillet 1991 émanant de l'étude Shook, Hardy & Bacon (probablement rédigée par Hoel), copie aveugle à Steve Parrish, on peut lire : Je vous joins aussi  une copie du message par fax que j'ai récemment reçu du Dr Rylander. Vous pouvez constater qu'il travaille sur un éditorial concernant les maladies respiratoires des enfants et l'exposition à la fumée de tabac. Je ne suis pas trop sûr de quoi il s'agit mais en toute probabilité ce sera important pour nous. Bien qu'en ce moment que je n'ai pas prévu de voyage en Europe dans l'immédiat, il serait utile de rendre visite au Dr Rylander et de voir si on peut l'assister dans la "rédaction" de son rapport. Qu'en pensez-vous? Une note manuscrite ajoute sur la même page J'ai dit non. Ils se rencontreront à Richmond quand Rylander y sera le mois prochain. (PM 2023856060) On constate que SH&B est perturbé par l'intention de Rylander d'écrire un éditorial sur la relation entre maladies respiratoires infantiles et fumée ambiante, sujet d'une telle importance pour eux que les avocats n'hésitent pas à recommander que quelqu'un se rende immédiatement en Europe pour contrôler ce que Rylander écrit.

10.    Dans son rapport d'activité mensuel adressé le 5 août 1991 à S. Parrish,  R.A. Pages, Principal Scientist à Richmond indique : 1. Discussions avec Don Hoel: budget de CIAR et statuts ; Rylander - travaille en ce moment sur un éditorial au sujet des maladies respiratoires chez les enfants et de la fumée environnementale du tabac. (PM 2023551194) Le travail de Rylander sur les enfants est bien un sujet de grande importance, placé sur le même plan que le budget du CIAR et ses statuts.

11.    Le 9 août, Rylander écrit à Osdene : De retour de vacances et déjà débordé. Ci-joint veuillez trouver la facture concernant les fonds se rapportant aux projets pour septembre et octobre. Cela faciliterait les choses si c'était possible d'avoir un premier montant de 6000 $ sur les fonds de novembre-décembre - le projet de Genève sur les habitudes alimentaires des enfants a avancé plus rapidement que prévu et nous avons besoin d'analyser les données rapidement avant la prochaine étape. Si cela rend les choses plus faciles, je pourrais aussi appeler cela un projet spécial en mettant l'accent sur le travail fait pour Linda [Koo] et envoyer une facture séparée. […] Les données de l'étude genevoise sont maintenant dans l'ordinateur et seront analysées à la fin de la semaine prochaine. Cela sera très intéressant de voir si cette approche marche. […] Pour septembre, je prévois toujours de me rendre à Richmond arrivée 29 septembre départ 1er octobre dans l'après-midi. Dites-moi si cela vous convient ou si vous désirez que je vienne à une autre période. (PM 2023533378) On a ici la confirmation que le projet genevois est bien financé par Philip Morris.

12.    Lettre du 30 août 1991 de Rylander à Osdene : Au travers de contacts que j'ai eu avec Bob et Don, je comprends que nous allons tous nous rencontrer à Richmond vers la fin septembre. Le programme de mes déplacements prévoit que j'arriverai le dimanche 29 septembre avec un départ dans l'après-midi du mardi 1er octobre. Ci-joint veuillez trouver un résumé des différents projets que je pense être d'un intérêt pour cette réunion. Je n'ai pas encore envoyé des copies à Bob [Robert Pages] ou à Don [Donald Hoel de SH&B] car je voudrais d'abord avoir votre approbation concernant le contenu et l'étendue de ces projets. Merci de bien me faire savoir quels sont les ajustements et les additions nécessaires et je les ferai et je correspondrai directement avec Bob et Don. (PM 2023533682) Rylander soumet sans apparente résistance son travail au double contrôle de Philip Morris Richmond (Osdene) et des avocats de Kansas City (Hoel).

13.    Le résumé des projets qui accompagne la lettre précédente est un document de deux pages listant six activités différentes. Le projet genevois y est traité en bonne place: L'étude genevoise sur les habitudes alimentaires de l'enfant, les infections et l'exposition à la fumée ambiante a été terminée dans sa première phase et les résultats sont en cours d'évaluation. Une corrélation a été trouvée entre le nombre de cigarettes fumées par la mère et l'incidence de bronchite, mais une corrélation plus forte a été trouvée entre la même maladie et la consommation de certains légumes. […] Le projet semble très prometteur car les premières données suggèrent que les facteurs alimentaires peuvent être d'une importance égale ou même plus grande pour les maladies respiratoires infantiles que la fumée de tabac environnementale. (PM 2023533683/3684) Il est intéressant de constater que pour Rylander le projet est très prometteur parce que les facteurs alimentaires réduisent l'importance de la fumée passive. On peut, a contrario, supposer que l'étude n'aurait pas été considérée intéressante si les première données avaient suggéré que le tabagisme passif était d'une importance plus grande que tout autre facteur pour expliquer les maladies respiratoires chez les enfants. On sait que la motivation qui consiste à trouver intéressante une issue - comme par hasard celle favorable à l'industrie du tabac - plutôt qu'une autre modifie le jugement, même au niveau inconscient, de l'investigateur. Cette modification du jugement est d'autant plus importante quand il y a en plus une motivation financière - comme c'était le cas ici : on se trouve alors dans le cas de figure du conflit d'intérêt. D'autre part, on peut émettre de grandes réserves sur les hypothèses a posteriori émises par Rylander concernant les corrélations observées entre aliments et infections. Il  apparaît que le questionnaire listait un grand nombre d'aliments, et que l'analyse a consisté à calculer systématiquement la corrélation entre chaque aliment et la survenance d'infections respiratoires. Vu la taille réduite de l'échantillon observé, les lois du hasard font qu'immanquablement, certains aliments vont exhiber une corrélation positive, sans que cela traduise un phénomène réel sous-jacent. Il semble que le désir de trouver à tout prix un résultat "intéressant" s'accompagne d'un certain laxisme en ce qui concerne la rigueur scientifique.

14.    Rylander rend visite au centre de recherche de Philip Morris à Richmond les 30 septembre et 1er octobre. De retour en Suède, il écrit le 8 octobre 1991 un fax à T. Osdene, dans lequel il dit : Merci pour une visite délicieuse la semaine dernière. J'ai aussi eu une très bonne séance avec Don [Hoel] et nous avons couvert une variété de sujets relatifs à la fumée de tabac environnementale. Dans deux semaines je me rends à Genève pour l'évaluation finale de l'étude pilote sur les habitudes alimentaires des enfants et les infections. Je vous enverrai un rapport peu de temps après. […] Ci-joint veuillez trouver mon coût de consultant pour le dernier trimestre. […] Je joins aussi une facture pour le coût associés aux projets couvrant les mois de novembre et décembre d'un montant de 7'000 $ avec un montant additionnel de 7'000 $ à suivre mi-novembre. Je suis très reconnaissant pour l'augmentation dont nous avons discuté au téléphone - la majeure partie de cet argent sera alloué comme avant aux activités genevoises relatives à la fumée environnementale ainsi que le l'ai décrit précédemment. (PM 2023533349)  Rylander a obtenu plus d'argent, dont il consacre la majeure partie au projet genevois. Cette liberté que Rylander a dans l'affectation des fonds qu'il reçoit de Philip Morris est intéressante et dénote qu'il jouit d'une grande confiance de la part de la transnationale.

15.    Le 22 octobre 1991, Donald Hoel envoie une lettre à Rylander : Comme promis, je joins à la présente quelques articles relatifs à la santé des enfants et à la nutrition. J'espère que vous les trouverez intéressants. (PM 2023533343/3344) On ne sait pas de quels articles il s'agit, mais ceux-ci semblent produire un effet percutant sur Rylander.

16.    En effet, le 2 novembre, Rylander envoie un fax à Don Hoel disant : Merci beaucoup pour les références sur la santé des enfants et leurs habitudes alimentaires. Elles ont été d'une grande aide. Nous sommes maintenant en train de re-analyser les données et des choses extraordinaires se produisent. Je prends contact dès que nous avons fini le travail. (PM 2028463143)

17.    Le même jour, Rylander envoie un fax à Osdene, dans lequel il dit : L'avant-dernière semaine, j'ai pris cinq jours consécutifs de travail à Genève pour analyser  les données de l'étude sur les maladies respiratoires des enfants et leurs habitudes alimentaires et pour écrire un manuel en français sur la médecine environnementale. Les données de l'étude sur les enfants commencent maintenant à paraître extrêmement intéressantes. Après avoir fait des corrections dans la base de données, il n'y a plus maintenant de corrélation entre l'exposition à la fumée de tabac environnementale et la fréquence des infections respiratoires. (PM 2023533345) Les données qui montraient une corrélation entre maladies respiratoires et exposition à la fumée ambiante ont été corrigées pour arriver à un résultat qui est à l’opposé du premier.

18.    Don Hoel est maintenant satisfait. Il écrit le 4 novembre 1991 à Helmut Gaisch, Fabriques de Tabac Réunies à Neuchâtel, pour le rassurer : Comme nous l'avons discuté, le Dr Rylander est en train de travailler sur des données très intéressantes venant d'une étude genevoise impliquant de jeunes écoliers lors de leur inscription à l'école. L'étude inclut un examen médical de chaque enfant et l'administration d'un questionnaire aux parents des élèves. Dès que je reçois des nouvelles du Dr Rylander, je me mets en contact avec vous en vue d'organiser une possible réunion avec lui. (PM 2028463142)

19.    Le 7 novembre, Rylander envoie à Osdene un article résumant la présentation qu'il va donner en mai 1992 à la réunion annuelle de l'American Thoracic Society (ATS). L'article est co-signé par Ysabelle Mégevand, de l'Institut de Médecine Sociale et Préventive de l'Université de Genève. La conclusion qui doit le plus intéresser Osdene est la suivante : Il n'y avait pas de  relations significatives entre l'exposition à la fumée de tabac environnementale et aucune des maladies respiratoires. Contrairement à ce qui avait été annoncé dans son rapport du 30 août, il n'y a plus de trace de corrélation avec certains légumes : c'est maintenant les œufs, le poulet, les yogourts et les desserts au lait qui sont concernés : En ce qui concerne les facteurs alimentaires, la corrélation la plus élevée a été trouvée entre la consommation d'œufs et les refroidissements (p=0.002), la toux (p=0.017) et la bronchite (p=0.003). Il y avait aussi des relations significatives entre ces maladies et la consommation de poulet, de yogourt et de desserts au lait. Pas de corrélations ont été trouvées entre ces maladies et la consommation de légumes. (PM 2023533689 et 2023533690) On voit que le questionnaire allait très loin dans le détail en ce qui concerne les types d'aliment, étant capable de traiter individuellement les desserts au lait et les yogourts.

20.    Les résultats prometteurs attendus sont donc au rendez-vous, la fumée passive est exonérée. Dans un fax du 3 décembre qu'il envoie à Osdene, Rylander dit : L'analyse des données du projet genevois sur les maladies respiratoires des enfants continue et je prévois de soumettre un manuscrit complet à l'American Review of Respiratory Disease dès que nous avons les valeurs pour les différents nutriments. (PM 2023533244/3245)

21.    Un mois plus tard, on note un  changement du choix de publication : ce n'est plus l'American Review of Respiratory Diseases, c'est maintenant l'European Journal of Respiratory Diseases. Le 7 janvier 1992, Rylander écrit une lettre à Don Hoel de SH&B dans laquelle il dit : J'ai l'intention de soumettre l'article sur la santé respiratoire des enfants pour publication dans le European Journal of Respiratory Diseases. Malheureusement, nous n'avons pas encore reçu de financement pour la continuation de cette étude. La dernière fois que nous nous sommes rencontrés, vous m'avez indiqué qu'il y aurait des possibilités de financement aux Etats Unis. Avez-vous plus d'information sur cela - je pense qu'il est très désirable d'étendre l'étude pour tester les hypothèses développées au cours de ce test pilote. (PM 2062776024)  On peut voir là un appel du pied invitant les avocats à trouver un financement pour une étude dont les hypothèses exonèrent la fumée ambiante.

22.    Au début de 1992, Rylander se rend en Australie. Le 5 mars 1992, il envoie un fax à Osdene. On note en particulier le passage suivant : Vous vous souvenez que la question du nombre de frères et sœurs et la fréquentation de garderies ont été inclus dans notre étude pilote genevoise et étaient en corrélation avec l'incidence d'infections. Nous avons maintenant approfondi cette question et j'ai réuni une série d'articles décrivant en particulier ce facteur environnemental de risque. En gros, la fréquentation d'une garderie augmente le risque d'infection 5 à 10 fois alors que l'exposition à la fumée de tabac ambiante comporte un risque de 1.5 à 2.5. (PM 2023533171/3172) Rylander est donc parfaitement au courant que l'exposition à la fumée ambiante augmente les risques d'infections respiratoires. Rylander indique dans le même fax: L'étude genevoise sur les maladies respiratoires des enfants et les habitude alimentaires a été acceptée pour être présentée à la réunion annuelle de l'American Thoracic Society.

23.    Le 26 mars 1992, les résultats de l’étude sur les enfants sont présentés à Lausanne, à la 17ème réunion de l’Association des épidémiologistes de langue française (ADELF). Un poster est consacré à l’étude « Maladies respiratoires chez l’enfant et facteurs environnementaux ». Le texte du poster indique que les chercheurs ont adopté une approche multi-factorielle, considérant en particulier l’exposition à la fumée de tabac passive et le régime alimentaire.  Les résultats de l’étude sont présentés ainsi : Les résultats préliminaires nous ont permis de trouver une corrélation entre la fumée passive chez les enfants et la fréquence de bronchites ; certaines autres corrélations se dessinent, notamment entre une tendance à la toux et la consommation de légumes verts. (Résumé ADELF)  Curieusement, la corrélation qui avait disparu après les corrections dans la base de données effectuées par Rylander en novembre 1991, refait surface. Il faut dire que la présentation à l’ADELF était donnée par l’assistante de Rylander, Ysabelle Mégevand. S’agit-t-il d’un manque de coordination au sein de l’équipe de recherche ? Rylander n’a-t-il pas communiqué à son assistante les corrections qu’il avait apportées à la base de données. Est-ce que l’assistante utilisait une version non corrigée de la base de données ? Tout cela est bien troublant. Surtout lorsque l’on contraste la présentation de Lausanne avec celle donnée par Rylander à la conférence internationale de l’American Thoracic Society et de l’American Lung Association seulement deux mois plus tard (voir ci-dessous)

24.    A la suite d'une conversation téléphonique avec Don Hoel, Rylander lui envoie un fax le 16 avril 1992, dans lequel il décrit la situation de trois projet, dont celui sur les jeunes enfants de Genève : Enfants et nutrition. Une étude pilote conduite sur un échantillon d'écoliers à Genève a démontré une relations étonnamment étroite entre le risque d'infections respiratoires et la consommation de protéines, en particulier les œufs (corrélation négative = effet protecteur). D'autres facteurs de risque, bien que de moindre importance, étaient la fréquentation d'une crèche et le nombre de frères et sœurs. Il n'a pas été trouvé d'association entre l'exposition à la fumée de tabac et le risque d'infection. Une deuxième étude pilote est en cours et sera terminée au début de l'été. Si les résultats préliminaires peuvent être vérifiés, les résultats sont de grande importance pour la santé publique et la prévention des maladies chez les enfants. (PM 2023533067/3068) Il est clair que la mission professionnelle de Don Hoel et de son employeur, Shook, Hardy & Bacon, n'est pas la promotion de la santé publique, mais la défense des intérêts de son client, l'industrie du tabac. Ce que Hoel doit retenir dans la proposition de Rylander c'est une possibilité d'obtenir des résultats qui exonèrent complètement la fumée de tabac en désignant l'alimentation comme le principal facteur explicatif des maladies habituellement associées avec le tabagisme passif.

25.    Rylander participe à la conférence internationale de l’American Thoracic Society et de l’American Lung Association qui a lieu du 17 au 20 mai 1992. Il y présente son étude genevoise sur les enfants. On connaît déjà le résumé qu’il avait soumis à la conférence, puisqu’il l’avait communiqué à Osdene le 7 novembre 1991. Après la conférence, Rylander rédige un rapport, visiblement à l’usage interne de Philip Morris, ainsi que l’attestent ses remarques sur certaines communications, par exemple sur les travaux d’Evans et al. : Essentiellement les mêmes résultats que ceux qui ont été produits à INBIFO il y a plusieurs années avec  une beaucoup plus grande précision. (PM 2029261145/1155, page 4). Il résume ainsi sa propre communication :

Rylander et al. de Genève/Göteborg (A558) ont étudiés 90 enfants âgés de 4-5 ans. Aucune relation n’a été trouvée entre l’exposition à la fumée de tabac ambiante et les infections respiratoires, mais une forte corrélation négative a été trouvée avec les facteurs alimentaires œufs et viande de poulet.
Commentaire : Cette étude a été présentée auparavant à INBIFO.
(PM 2029261145/1155, page 10)

On observera que par concision, le résumé se réduit à l’essentiel de l’étude, l’essentiel étant dans ce cas le fait qu’il n’y a pas de corrélation entre fumée passive et maladies respiratoires. C’est probablement le seul résultat qui intéresse le cigarettier. Le 25 mai, Rylander envoie son rapport à Osdene (
PM 2023532979) et à Robert Pages, de Philip Morris R&D (PM 2023532834). Il l’envoie aussi quelques jours plus tard à INBIFO (PM 2023299971).


26.    Le 9 juin 1992, Rylander écrit à Don Hoel en lui communiquant un éditorial qu’il vient de rédiger pour Archives of Environmental Health.  Il dit : Heureusement notre étude sur les maladies respiratoires des enfants et la nutrition était prête quelques semaines après que j’ai écrit mon éditorial. Le manuscrit a été envoyé au European Journal of Respiratory Disease pour publication. Nous sommes en train de répéter cette dernière étude et les résultats seront disponibles début juillet. Croisez-vous les doigts.  (PM 2023130079) Le « croisez-vous les doigts »  est assez révélateur. Hoel devient un interlocuteur privilégié de Rylander, car Thomas Osdene, avec lequel il entretenait des relations étroites et apparemment amicales depuis la fin des années 1960,  a pris sa retraite à fin mai 1992.

27.    Une année plus tard, Rylander rend toujours compte à Don Hoel, ainsi que l’atteste une fax qu’il lui adresse le 24 juin 1993 (PM 2023532597) , accompagné d’un « résumé des activités jointes de recherche ». Dans ce résumé, on peut lire notamment : Le projet sur la nutrition des enfants et les infections respiratoires est discuté à l’institut à Genève et l’objectif est de commencer une nouvelle étude prospective sur le terrain dans le courant de l’année à venir.  (PM 2050754398/4399) Nous avons la confirmation que le projet sur les enfants est bien un projet « joint » Philip Morris – Rylander.

28.    Il semble qu’il y ait une période pendant laquelle l’étude sur les enfants a été mise de côté. Il faut passer au 17 février 1995 pour retrouver une mention de l’étude dans un fax que Rylander adresse à Richard Carchman : L’étude sur les infections chez les enfants et les habitudes alimentaires est de nouveau en marche et nous espérons avoir des résultats d’ici le début de l’été.  (PM 2050754278/4279)      

29.    Un an plus tard, le 6 septembre 1996, Rylander soumet à Philip Morris USA, Richmond, son budget pour 1997, qui comprend 65’000 dollars pour les projets entrepris à Genève et 85’000 dollars pour ses services de consultant (PM 2063590984). En réponse à une demande de Philip Morris, Rylander donne une description des projets « joints », dont le premier mentionné est l’étude sur les agents environnementaux et les infections chez les enfants. Le but  est d’évaluer le rôle de différents facteurs environnementaux en relation avec le risque d’infections respiratoires chez les enfants. Une phase de l’étude a été terminée et a démontré que l’allaitement et les moisissures/l’humidité de l’habitation sont les principaux facteurs. L’exposition à la fumée ambiante, le nombre de frères et sœurs et les facteurs diététiques n’étaient pas associés avec le risque. L’étude est de type prospectif avec un suivi mensuel de la présence de symptômes, en prenant en compte les agents environnementaux. (PM 2063591028)  On retrouve cette description dans une note interne de Philip Morris écrite par Loren McAlpin le 15 octobre 1996, sous le titre DR. RAGNAR RYLANDER - RESEARCH. (PM 2063616809)

30.    En février 1997, Rylander communique à Loren McAlpin, PM Richmond, un résumé d’ensemble de son travail de recherche à Genève depuis 1974. L’étude sur les enfants y est mentionnée :

1987-1996
Facteurs environnementaux et infections respiratoires chez les enfants. Elaboration de questionnaires avec une importance particulière donnée aux facteurs nutritionnels. Trois études de terrain pendant les mois d’hiver avec des modifications subséquentes de la technique épidémiologique. Planification d’une étude étendue qui devrait démarrer en automne 1997.  
(
PM 2063591011/1012)  (Caractères gras dans le texte original)

31.    Une note interne de Philip Morris du 13 mai 1997 décrit les activités qui sont incluses dans le « 2ème Budget Révisé de 1997 entrant dans le centre de coût 2R1, lignes de dépense 455 et 470 ». Les projets genevois de Rylander sont mentionnés, dont le projet sur les enfants. 80'000 dollars  leur sont alloués. (PM 2063591023/1026)

32.    Il est maintenant établi que Rylander dépend du financement de Philip Morris pour la conduite de son projet de recherche sur les enfants. Il reçoit aussi des sommes importantes pour ses services de consultant. Tout cela le lie à la transnationale. Cependant, il déploie des efforts notable pour préserver les apparences d’un chercheur indépendant, ainsi qu’il l’avoue candidement dans une lettre qu’il envoie le 23 juin 1997 à Richard Carchman : Au cours des ans j’ai toujours été très strict en rendant compte de mes activités seulement  à Richmond et en évitant tout particulièrement d’être engagé dans les activités du groupe de Neuchâtel. Par ailleurs, en ce qui concerne les projets spécifiques, j’ai adhéré uniquement à Richmond et au CIAR. Finalement, je n’ai jamais participé à des réunions ou des contacts avec aucun cadre supérieur de Philip Morris en présence de personnes externes, pour préserver autant qu’il est possible l’image d’un scientifique indépendant. (PM 2063590609)  Admission on ne peut plus explicite!

33.    Une note interne de T. Banty à R. Carchman, datée du 10 juillet 1997, réitère que le Rylander a signé un contrat de consultant avec Philip Morris en 1972 et détaille l’ensemble de ses activités pour Philip Morris. On retrouve là encore une mention en bonne place de l’étude sur les enfants. (PM 2063590979/0980)

34.    Rylander soumet le 25 septembre 1997 à Philip Morris USA sa proposition de budget pour 1998. Il demande 119'000  dollars pour Genève. En ce qui concerne l’étude sur les enfants, il dit : Le matériel sur l’étude originale est sous forme de manuscrit et des analyses supplémentaires sont entreprises, suivant les suggestions de revues critiques. Il sera soumis pour publication au début 1998. Les plans pour une étude étendue ont été présentés à la Fondation nationale suisse pour la recherche médicale mais n’ont pas été acceptés. (PM 2063590491/0496)

35.    Une année plus tard, le 5 octobre 1998, Rylander soumet à Philip Morris Richmond sa proposition de budget pour 1999. Ce budget prévoit de continuer l’étude sur les infections chez les enfants et les agents environnementaux, et demande pour cela une somme de près de 30'000 dollars. (PM 2063870217/0220) La demande est examinée en interne par Philip Morris,  et les avis sont généralement favorables, malgré une description de projet très succincte. Un évaluateur (Helmut Reif) indique que le projet est pertinent car les sujets sur les enfants et la fumée de tabac environnementale prennent de l’importance dans les discussions publiques et qu’il y a besoin d’articles complets sur la question. (PM 2063870214)

36.    Le 15 février, Rylander envoie à Philip Morris une révision de son programme de recherche. Le projet sur les enfants y est plus élaboré que dans la version précédente. Le budget est aussi sensiblement plus élevé. Il est maintenant de 79'000 dollars. (PM 2063870122/0126) Le lendemain, Rylander envoie une facture de 57'300 dollars dont le libellé est  Fonds pour l’Institut de Médecine sociale et préventive de l’Université de Genève, selon la proposition de recherche, révision 1, Projet enfants-infections.  Avec l’instruction de verser l’argent sur son compte personnel à la World Wide Consumer Bank à New York. (PM 2063870121)

 

37.    Dans une lettre datée du 10 mars 1999, Cathy L. Ellis, Senior Vice President de Philip Morris, communique officiellement à Rylander que Philip Morris est heureux de vous informer que la demande de subvention intitulée « Les infections chez les enfants et les agents environnementaux » a été recommandée pour la continuation de son financement par notre Comité de revue de la recherche scientifique. Nous avons aussi approuvé l’année finale de financement de votre subvention intitulée « Le Magnésium et les maladies cardio-vasculaires ». Un chèque d’un montant de 81'043 dollars a été envoyé à la World Wide Consumer Bank à Rochester, New York selon votre demande (copie du chèque ci-jointe).   (PM 2063870171)

38.    Le 13 août 1999, Ragnar Rylander et son assistante soumettent leur article sur les enfants et les maladies respiratoires à la revue Archives of Environmnental Health. Après une révision, l’article est accepté pour publication le 10 janvier 2000, pour finalement paraître dans le numéro de septembre/octobre de la même année. Aucune mention n’est faite de la source de financement de l’étude. Il n’est pas non plus indiqué que l’auteur principal était un consultant de Philip Morris, ce qui constituait pourtant un facteur majeur de conflit d’intérêt et était susceptible de modifier radicalement l’interprétation des résultats et des conclusions de l’étude.


Rev 2/pad/2002-09-21



[1] Tous les textes cités dans cet article sont présentés en italiques, sans guillemets. Nous utilisons des caractères  gras pour accentuer les parties de ces textes que nous considérons comme importantes. 

[2] Archives of Environmental Health September/October 2000 Vo. 55 No. 5 p.302. Le texte original de cet article est en anglais. La traduction ci-dessus est la nôtre et n’est pas certifiée. Seul le texte original en anglais fait foi. Cette remarque s’applique pour toutes les traductions contenues dans ce document.

[3] Site Web de l’OMS, http://tobacco.who.int/page.cfm?sid=50

[4] B. Latal Hajnal et al.and the SCARPOL Team Effects of environmental tobacco smoke exposure on respiratory symptoms in children Schweiz Med Wochenschr 1999;129:Nr 19 pp 723-730

[5] Les références de ce type donnent les numéros d’identification (Bates numbers) des documents sur le site de Philip Morris http://www.pmdocs.com.

[6] INBIFO - Inbifo Institut für biologische Forschung GmbH, institut de recherche à Cologne dont Philip Morris a fait l’acquisition en 1971. Rylander était le « représentant » de Philip Morris USA auprès d’INBIFO. (PM 2063590979/0980)




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