12)  L'INFARCTUS DU MYOCARDE ET LA JAMBE DU FUMEUR

Comme nous l'avons déjà vu, les goudrons sont les principaux responsables de l'effet cancérigène du tabac. Quant à l'action conjuguée du monoxyde de carbone et de la nicotine contenus dans la cigarette, elle provoque des troubles du système cardiovasculaire.

Le monoxyde de carbone inhalé en fumant diminue la capacité d'absorption de l'oxygène par le sang; de ce fait, tous les organes du corps sont moins bien oxygénés. Comme les parois internes des artères reçoivent elles aussi moins d'oxygène, elles s'épaississent par endroits. Ce phénomène est généralement considéré comme le premier stade de la calcification des artères (artériosclérose).

La nicotine qui passe dans le système circulatoire oblige le coeur à travailler plus, elle rétrécit les vaisseaux sanguins et favorise la formation de thromboses.

Si un caillot de sang ou une contraction rétrécit encore un vaisseau coronaire déjà atteint de dégénérescence graisseuse, il s'ensuit des douleurs dans la région du coeur (angine de poitrine), voire un infarctus (si l'obturation est complète), ce qui provoque la mort d'une partie du muscle cardiaque.


Sous l'influence de la calcification et des graisses qui se déposent sur leur paroi, les artères (en haut, une artère normale, ø 5-6 mm) se transforment progressivement en tuyaux rigides (au milieu). Il arrive qu'un caillot sanguin obstrue complètement ces vaisseaux (en bas).

A l'heure actuelle, il ne fait aucun doute que la fumée du tabac, un taux élevé de graisses dans le sang et l'hypertension artérielle sont les trois principaux facteurs de risque des maladies coronariennes. Le risque de décès est deux à quatre fois plus élevé pour le fumeur que pour le non-fumeur, tant chez la femme que chez l'homme. Le chapitre 13 vous donne des informations complémentaires sur les risques accrus d'infarctus encourus par les fumeuses qui prennent la pilule comme moyen de contraception.

Chaque année, en Suisse, quelque 1400 hommes et femmes de 35 à 64 ans meurent des conséquences d'une maladie coronarienne, un quart d'entre eux d'un infarctus aigu du myocarde. Les jeunes en particulier sont presque toujours des fumeurs. L'infarctus a plus souvent une issue fatale chez les fumeurs que chez les non-fumeurs, probablement à cause de l'effet direct de la nicotine qui est un poison pour le muscle cardiaque. Comme pour le cancer du poumon, le risque d'infarctus s'accroît avec le nombre de cigarettes quotidiennes. Remarque importante: il n'est pas prouvé actuellement que le fait de fumer des cigarettes «légères» (dont la teneur en nicotine est inférieure à celle des autres cigarettes) diminue le risque d'infarctus!

Le terme «jambe du fumeur» désigne le rétrécissement et l'obturation des artères des jambes, ce qui provoque de violentes douleurs à la marche. Comme pour l'infarctus, la calcification et la dégénérescence graisseuse des vaisseaux sanguins sont à l'origine de cette maladie.

Au repos, l'oxygénation de la jambe peut encore se faire tant bien que mal sans que le fumeur ne ressente de douleurs. Mais quand il marche, les muscles de la jambe ont besoin d'un surplus d'oxygène que les artères rétrécies ne peuvent leur apporter. Les muscles sont alors mis à trop forte contribution et la jambe réagit par des douleurs lancinantes. Le marcheur doit rester immobile jusqu'à ce que les douleurs aient disparu. Après quelques minutes, il peut reprendre sa route ... jusqu'à ce que le phénomène se reproduise. C'est à cause de son caractère répétitif que l'on appelle aussi cette affection la «maladie du shopping».

Cette maladie ne touche que rarement les non-fumeurs. Ainsi, elle concerne presque exclusivement les fumeurs de plus de 40 ans et progresse rapidement à partir de 45 ans. Il n'est pas rare que la jambe du fumeur doive être amputée entièrement ou en partie.

Dès les premiers symptômes de cette affection, le fumeur doit cesser immédiatement de fumer. C'est la seule façon d'arrêter quelque peu la progression de la maladie.