7 LA FUMEE DU TABAC

La fumée qui se dégage lors de la combustion du tabac n’est pas une substance homogène. Elle contient environ 4000 éléments différents qui se présentent à l’état gazeux ou solide. Aujourd’hui encore, toutes ces substances ne sont pas connues, pas plus que leur effet sur la santé de l’homme. La personne qui fume un paquet de cigarettes par jour absorbe 6 kg de poussières (= 10 briquettes) en vingt ans et une tasse de goudron par an. Avant d’être éliminée par l’organisme, toute cette " crasse " y laisse des dépôts toxiques qui provoquent des lésions organiques durables.

La fumée de cigarette contient des éléments dont la toxicité a déjà été prouvée ou est supposée. Parmi ces substances, les mieux connues actuellement sont la nicotine, les goudrons, le monoxyde de carbone et certains gaz irritants tel l’oxyde d’azote. 

La nicotine est l’un des poisons les plus violents qui existe. Ainsi, une dose comprise entre 30 et 50 milligrammes suffit pour tuer un homme. Inhalée en plus petites quantités, elle peut entraîner de nombreuses conséquences graves. Le fumeur cherche avant tout son effet sur le cerveau, qui peut être calmant ou excitant selon l’état d’esprit du fumeur et la quantité de nicotine absorbée. On pense que celle-ci est à l’origine de la dépendance envers la cigarette. 
Une fois inhalée dans les poumons, la nicotine parvient en quelques secondes et en concentration élevée dans le système nerveux central. La personne qui fume un paquet par jour et qui tire dix bouffées sur chaque cigarette consomme de la nicotine plus de 70000 fois par an.

Il a en outre été prouvé, par exemple, que la nicotine accélère le rythme cardiaque et qu’elle entraîne une baisse de la température cutanée due au rétrécissement des vaisseaux (cf. photographies page 15). Elle favorise également la formation de thromboses (caillots sanguins) dans les artères par le biais de mécanismes hormonaux de régulation. A long terme donc, les effets nocifs de la nicotine se manifestent surtout sur le système cardiovasculaire (cf. chapitre 12).

Dans un premier temps, la nicotine a des effets secondaires désagréables (nausée, transpiration abondante, vomissements), mais le corps s’y habitue assez rapidement.

Le taux de nicotine contenu dans la fumée de cigarette est indiqué sur le paquet. Aujourd’hui, il est compris selon les marques entre 0,05 et 2,0 milligrammes par cigarette. Le fumeur qui n’inhale pas la fumée n’en absorbe qu’une petite partie. Mais quand il l’inhale profondément (par bouffées), 95% de la nicotine passe dans le sang. Dès lors, à la fin de la journée, un fumeur à la chaîne a déjà pris la dose mortelle de 30 à 50 milligrammes. Cependant, comme l’absorption de la nicotine est étalée sur de nombreuses heures, le foie peut l’éliminer au fur et à mesure.

Avaler du tabac peut aussi être très dangereux et même mortel pour un petit enfant qui aurait ingurgité la dose de nicotine contenue dans une seule cigarette. Toutefois, la déglutition du tabac provoque de tels vomissements que l’estomac n’en retient généralement qu’une partie. 

Le goudron contient plus de 40 substances dont l’effet cancérigène ne fait actuellement plus aucun doute. A celles-ci s’ajoutent encore quelques substances en petites quantités et dont le rôle joué dans l’apparition d’un cancer est encore incertain.
La quantité de goudron peut être déterminée en fonction de la condensation de la fumée. Voilà pourquoi elle est appelée " condensat " sur certains paquets de cigarettes. Aujourd’hui, le taux de goudron est compris entre 0,5 et 25 milligrammes par cigarette. La quantité absorbée par le fumeur dépend de la façon de fumer et surtout de la profondeur de l’inhalation.

Contrairement à la nicotine, les effets du goudron ne peuvent être observés immédiatement. Il se dépose principalement dans les voies respiratoires et dans les poumons et ses dégâts ne se manifestent qu’à long terme (cf. chapitres 10 et 11). Le goudron se loge également dans les émonctoires et peut être à l’origine d’un cancer de la vessie ou des reins. 

Le monoxyde de carbone est un gaz toxique très dangereux car il empêche l’oxygène, vital pour l’organisme, de se fixer sur l’hémoglobine. 
Dès lors les tissus et les organes du gros fumeur reçoivent jusqu’à 15% d’oxygène en moins. Si une personne en bonne santé ne ressent pratiquement rien au repos, il n’en va pas de même

pour un sportif, par exemple, ou un cardiaque, qui ont tous deux besoin de certaines réserves d’oxygène.

Les non-fumeurs ont une meilleure capacité respiratoire, surtout lorsqu’ils pratiquent des sports d’endurance. Un test effectué sur des recrues de 19 ans a montré que le fait de fumer depuis quelques années seulement provoque déjà une diminution des performances en rapport avec les années et le nombre de cigarettes. Au cours d’une marche de 12 minutes, les non-fumeurs ont parcouru une distance moyenne de 2600 mètres alors que les fumeurs qui consommaient un paquet de cigarettes par jour depuis quatre ans ont parcouru 300 à 400 mètres de moins. Les performances étaient d’autant diminuées que les recrues fumaient beaucoup et depuis longtemps.

La nicotine gêne la circulation du sang

Ces photographies ont été prises avec un appareil à infrarouges et montrent comment la chaleur se répartit dans la main du sujet photographié. Après quelques bouffées de cigarette seulement, le sang quitte déjà les doigts. Dans une main normalement irriguée, sous l’action de la nicotine, les vaisseaux se rétractent passagèrement et la température cutanée baisse. Sur les photos, les doigts s’effacent peu à peu. Ces effets de courte durée se répètent à chaque cigarette – 7300 fois par an chez celui ou celle qui fume un paquet par jour, et peuvent provoquer des troubles durables de la circulation sanguine. 

Question n°5

A quoi servent la mise en garde et la mention des substances toxiques indiquées sur les paquets de cigarettes ?

Selon l’ordonnance sur le tabac, tous les paquets de cigarettes doivent porter la mention suivante : " La fumée du tabac met votre santé en danger ". En outre, les fabricants sont obligés d’indiquer sur chaque paquet la teneur en nicotine et en goudron (" condensat ").L’effet de ces indications est douteux. Et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, chaque fumeur sait pertinemment que son habitude est nuisible pour sa santé. Ensuite, les consommateurs ne disposent pas de données comparatives (tableaux) leur permettant de choisir la cigarette la moins toxique. En outre, très peu de gens savent comment agissent le goudron et la nicotine à une dose précise. Et finalement, rien n’est indiqué sur le monoxyde de carbone qui est particulièrement nocif.

Question n°6

Le filtre de la cigarette ne retient-il par une grande partie des substances nocives ?

Techniquement, il est tout à fait possible de produire un filtre à haut pouvoir filtrant – mais qui, outre les substances nocives, retient également l’arôme tant souhaité. Les filtres courants disponibles aujourd’hui sont donc des compromis : ils retiennent une plus ou moins grande quantité de goudron et de nicotine, mais ils ne sont pas très efficaces pour réduire la quantité de monoxyde de carbone qui se dégage à la combustion (cf. chapitre 16).

Question n°7

Les cigarettes mentholées sont-elles plus " saines " ?

Certainement pas. Le menthol n’est qu’un additif aromatique destiné à modifier le goût du tabac.