Avec sa nouvelle campagne
de sensibilisation, l'OFSP entend opposer des faits aux idées fausses
et aux préjugés.
ENTRER DANS LA DROGUE NE
SIGNIFIE PAS Y RESTER.
"Entrer dans la drogue ne signifie pas y rester", énonce
l'un des slogans de cette campagne. La plupart des toxicomanes, en effet
- et bien plus souvent qu'on le pense -, réussissent à sortir
de leur dépendance même si elle remonte à plusieurs
années. La plupart parviennent à surmonter cette phase difficile
de leur existence grâce à une aide extérieure et aussi
par leur propre volonté.
LES TOXICOMANES ONT SOUVENT
BESOIN DE TEMPS POUR S'EN SORTIR.
A l'heure actuelle, soixante pour cent environ des quelque 30 000
toxicomanes qui consomment de l'héroïne et de la cocaïne
dans notre pays essayent de se sortir de la drogue en suivant une thérapie.
Et ceux qui ne se sentent pas prêts à le faire aujourd'hui,
le seront peut-être demain. Toutefois, une minorité seulement
s'en sort dès la première tentative. Dans d'autres cas, l'objectif
essentiel qui est l'abstinence doit passer après les exigences de
protection de la santé.
FORCER LES TOXICOMANES À
S'EN SORTIR REUSSIT RAREMENT.
Ce n'est ni par l'exclusion ni par la contrainte qu'on intègre
les toxicomanes dans la société. Ils ne peuvent pas non plus
s'engager seuls sur la difficile voie menant à la réinsertion.
De même que des patients ne sauraient être abandonnés
à leur sort, les toxicomanes ont droit à une aide médicale
et doivent être considérés comme des personnes responsables.
Cela signifie p. ex. qu'il faut toujours donner une nouvelle chance aux
toxicodépendants, même s'ils ne se sentent pas prêts
à vivre sans drogue ou s'ils rechutent après un traitement.
D'un point de vue éthique, il est justifié d'offrir à
tous les toxicomanes une aide globale à la survie.
PREMIER FAIT :
AIDER NE SIGNIFIE PAS CAPITULER.
LES TOXICOMANES ONT BESOIN D'AIDE POUR VIVRE MALGRE
LA DROGUE.
Il est beaucoup plus facile
de trouver la motivation nécessaire pour commencer un sevrage lorsque
les toxicomanes ne sont pas atteints de maladies telles que le sida. C'est
pourquoi l'aide à la survie comprend la remise de seringues stériles
en tant que mesure de protection contre l'infection par le VIH, contre
les abcès dus aux injections et contre les hépatites, par
exemple.
Les conseils et traitements
médicaux, les dortoirs et accueil de nuit, les cuisines de rue et
autres offres d'aide à bas seuil peuvent également empêcher
les toxicomanes de sombrer dans un complet état d'abandon et de
subir des atteintes durables de leur santé. Ils permettent aussi
aux toxicomanes d'avoir des contacts avec des personnes en dehors du milieu
de la drogue et d'être au calme. Dans de nombreux cas, cette aide
offre les conditions de départ pour une thérapie ultérieure,
et elle augmente les chances de se sortir de la drogue.
Les consommateurs de drogue
ont besoin de l'aide de la société afin que la toxicomanie
ne soit pour eux qu'une phase temporaire et non une voie sans issue.
La société assume cette responsabilité en réduisant
les répercussions négatives de la consommation de drogue
sur les plans sociaux et de la santé, pour garder aussi intactes
que possible les chances d'avenir et de survie des toxicodépendants.
Cette attitude n'a rien à voir avec une capitulation, ni avec une
complicité dans la consommation illégale de stupéfiants,
mais est l'expression d'une prévention qui se veut pragmatique.
Sur la voie de l'abstinence, cette aide est beaucoup plus fructueuse que
les mesures de contrainte draconiennes.
DEUXIEME FAIT :
L'ABSTINENCE DEMANDE DU TEMPS.
LE LENT RETOUR A LA "NORMALITE".
Les toxicomanes ont tous une
histoire qui leur est propre. Les causes de leur dépendance étant
multiples, les modèles et les solutions trop simples sont voués
à l'échec. L'abus de drogue dure souvent depuis plusieurs
années déjà et a presque toujours des répercussions
sur tous les domaines essentiels de la vie; il faut donc du temps pour
s'en sortir.
L'abstinence immédiate
a longtemps été considérée comme l'unique critère
attestant un retour réussi des toxicomanes à la vie normale.
En réalité, la réhabilitation est un processus en
plusieurs étapes, qui ne doivent pas forcément toutes se
dérouler en même temps.
Les critères importants
pour juger du succès d'une normalisation sont aussi: l'amélioration
de l'état de santé, la régularisation dans le monde
du travail, des relations étroites avec des proches et des amis
en dehors du milieu de la drogue, un effort pour réduire les dettes,
la diminution des problèmes avec la justice.
Le succès d'une théraoie ne doit pas être mesuré
à l'aune de la seule abstinence; la personne qui rechute n'échoue
pas sur toute la ligne, car souvent des progrès essentiels restent
acquis.
Un traitement de sevrage a le
plus de chances de réussir s'il est entrepris au début de
la dépendance. Dans le cas de personnes fortement dépendantes,
la participation à des programmes de substitution à la méthadone
ou de prescription d'héroïne peut favoriser les progrès
dans différents domaines de la vie. La base nécessaire à
un traitement de sevrage impique des conditions idéales comme par
exemple un état de santé stable. Les rechutes sont cependant
possibles - personnes ne peut donner la garantie que la sortie de la dépendance
est définitive.
TROISIEME FAIT :
LES THERAPIES LONGUE DUREE
DONNENT DE BONS RESULTATS
SORTIR DE LA TOXICOMANIE
N'EST PAS UNE UTOPIE.
Au cours de leur phase de
dépendance, la plupart des toxicomanes font beaucoup d'efforts pour
normaliser leur vie. Les résultats, publiés dans
les années quatre-vingt, de la seule étude de longue durée
sur les héroïnomanes menée jusqu'ici en Suisse l'attestent.
Nonante pour cent des sujets étaient encore en vie sept ans après
le premier entretien. Cette étude du service psychologique de l'Université
de Zurich montre que 5% seulement d'entre eux continuaient à consommer
quotidiennement de l'héroïne, alors que 15% n'en consommaient
qu'occasionnellement, 35% n'en avaient pas consommé depuis au moins
un mois, et les 45% restants vivaient depuis au moins trois ans sans drogues
dures.
Les toxicodépendants placés en communauté
thérapeutique ont autant plus de chances de sortir de la toxicomanie
qu'ils y séjournent longtemps. Les données actuelles de l'Institut
de recherche sur les toxicomanies (ISF, Zurich) concernant les clients
d'institutions de traitement résidentiel révèlent
que 77% d'entre eux n'ont pas fait de rechute grave dans l'année
qui a suivi leur départ de l'institution. En moyenne, un tiers n'a
consommé aucune drogue dure. Ce pourcentage atteint 44% chez ceux
dont la thérapie a duré plus d'un an.
Quelque 70% des traitements à la méthadone documentés
dans les années quatre-vingt dans le canton de Berne étaient
considérés comme potentiellement efficaces. Il s'agissait
de programmes avec une réduction à zéro de la dose
et de traitement stabilisés de plus d'un an de durée. Dans
82% des cas, le personnel médical a estimé que la situation
des patients traités à la méthadone était stable.
L'évaluation des thérapies à la méthadone dans
le canton de Genève a donné des résultats comparables.
QUATRIEME FAIT :
LE RETOUR DANS LE MONDE DU
TRAVAIL.
UNE INTEGRATION REUSSIE DANS LE MONDE DU TRAVAIL
FACILITE L'ABSTINENCE.
La situation sur le plan du
travail après une thérapie résidentielle est un critère
déterminant pour juger de l'intégration sociale d'anciens
toxicomanes. Un an après la fin de la thérapie, 57% des patients
font partie du groupe bien intégrés des personnes ayant un
travail. Leur situation est caractérisée par un emploi à
plein temps et peu de dettes.
Là encore, les meilleurs
résultats concernent les toxicomanes dont la thérapie résidentielle
et la réhabilitation ont duré plus de douze mois. Le fait
de les préparer intensément au retour dans le monde du travail
pendant une année donne de bons résultats, les trois quarts
ayant alors un emploi à plein temps.
La personne bénéficiant
d'un revenu provenant d'une activité régulière a de
meilleures chances de vivre sans drogues par la suite. Environ 40% de ces
patients n'ont pas eu de rechute pendant l'année qui a suivi la
fin de la thérapie. En ce qui concerne les chômeurs cependant,
ce taux n'est que de 26%. Il est encore plus faible (19%) pour ceux dont
le revenu provient surtout de sources illégales.
Quelque 15 000 toxicomanes
en Suisse essayent de sortir de l'engrenage de la dépendance par
la méthadone. Les programmes recourant à la méthadone
sont particulièrement aptes à favoriser l'intégration
des toxicomanes dans le monde du travail, comme
le montrent notamment les résultats obtenus dans les années
quatre-vingt. Six mois après le début du traitement à
la méthadone, 75% des patients dans le canton de Berne avaient trouvé
un travail. Parmi ces personnes, 58% de celles qui étaient sans
emploi avant le traitement ont trouvé un travail durant le programme.
Mais depuis 1990, il est devenu beaucoup plus difficile de trouver du travail
en raison de la récession et de la tension régnant sur le
marché du travail; cette situation se reflète dans le taux
le plus faible de succès enregistré.
CINQUIEME FAIT :
L'IMPORTANCE DES CONTACTS
SOCIAUX.
LES CONTACTS SOCIAUX AIDENT A S'EN SORTIR PLUS
FACILEMENT.
Le réseau social que
constituent les contacts avec la famille, les amis et les connaissances
influe également fortement sur le taux de réussite. De tels
contacts apportent souvent au toxicomane le soutien nécessaire pour
trouver un équilibre dans ses besoins psychiques, physiques et sociaux.
Plus que l'intensité des relations, c'est l'existence même
d'un réseau social qui est important.
Un cinquième seulement
des toxicomanes socialement isolés au début de la thérapie
vit encore sans drogue un an après la fin de la thérapie,
alors que ce pourcentage est de 30% à 35% chez les patients avec
de meilleurs contacts avec les proches, amis et connaissances.
Dans la mesure du possible,
un traitement de longue durée devrait donc également contribuer
à réduire les déficits sociaux et à améliorer
le réseau relationnel des patients. Une étude de l'ISF
confirme que plus de 70% des personnes sortant d'une thérapie ont
pu soit améliorer, soit maintenir leur intégration sociale.
SIXIEME FAIT :
LES TRAITEMENTS ENTRAINENT
UNE DIMINUTION DES DELITS.
NETTE DIMINUTION DES PROBLEMES
AVEC LA JUSTICE.
Plusieurs études ont
montré que toute thérapie contribue considérablement
à améliorer le comportement des toxicomanes à l'égard
de la loi. Cette évolution positive porte notamment sur une baisse
de la criminalité liée à l'acquisition de drogues.
Soixante pour cent des personnes
sortant d'une thérapie en institution de traitement résidentiel
n'ont pas eu de conflit avec la justice au cours de l'année qui
a suivi. Pour deux tiers où elles avaient commis des délits
avant le traitement.
La durée du maintien
en thérapie augmente les chances de changement positif du comportement
à l'égard de la loi. Après les thérapies
résidentielles de plus de douze mois, 72% des toxicomanes ayant
des antécédents délictueux ne se sont pas vu infliger
de nouvelles sanctions. Ce chiffre n'était que de 27% pour ceux
qui étaient restés moins de trois mois en thérapie.
Mais les condamnations et séjours
en prison ne constituent pas à priori un mauvais pronostic pour
le succès ultérieur d'un traitement. L'exécution de
longues peines de détention n'entraîne, de ce point de vue
non plus, de résultat négatif, le taux de rechutes graves
n'étant que de 22%.
Le changement positif des comportements
sur le plan de la délinquance se remarque également chez
les patients participant aux essais de prescription médicale d'héroïne.
La majeure partie des personnes interviewées semble réussir
à se détacher de la sous-culture inhérente au marché
illégale de la drogue. De 30% seulement au commencement de la thérapie,
la part des toxicomanes qui ne se livrent pas à des activités
illégales ouo proches du milieu de la drogue atteint 86% une année
après. On observe également cette tendance positive chez
les patients des programmes recourant à la méthadone. Ce
succès y est toutefois d'autant moins spectaculaire que les problèmes
avec la justice au commencement du traitement étaient moins nombreux.
SEPTIEME FAIT :
LES PROGRES SUR LE PLAN DE
LA SANTE.
PREVENTION ET PRISE EN CHARGE AMELIORENT L'ETAT
DE SANTE.
L'abus de stupéfiants
n'est pas conciliable avec la responsabilité de l'individu pour
sa santé. Cependant, la consommation de drogues étant une
réalité, l'objectif prioritaire qui est l'abstinence doit
parfois être relativisée. Dans un souci de protection durable
de la santé des toxicomanes, ces derniers ont tout particulièrement
droit à une prévention et à une aide médicale
globales, qui ont également pour effet de les responsabiliser davantage.
La distribution de seringues
stériles aux toxicomanes, accompagnée d'une information sur
les risques d'infection, compte parmi les mesures de prévention
les plus efficaces dans ce milieu. Le nombre des nouvelles infections
au VIH a pu être sensiblement réduit au cours de ces dernières
années. On a également observé une diminution du nombre
des abcès dus aux injections.
La prescription médicale
de stupéfiants pour les personnes fortement dépendants peut
améliorer leur état de santé, même en cas de
problèmes sérieux. Après une année, un grand
nombre de maladies cutanées, parfois graves, sont guéries.
Près de la moitié des toxicomanes qui avaient un poids insuffisants
à leur entrée dans un programme de distribution d'héroïne
ont pu retrouver un poids normal. L'appréciation faite par des patients
eux-mêmes confirme une amélioration sensible de leur santé
physique et psychique.
HUITIEME FAIT :
LE TRAIN DE MESURES DE LA
CONFEDERATION.
L'AIDE PRAGMATIQUE DE L'OFSP S'APPUIE
SUR LA CONTINUITE.
Depuis 1991, la Confédération
s'engage fortement en vue de réduire les problèmes liés
à la drogue. Le train de mesures lancé en 1991 s'appuie sur
la stratégie des quatre piliers préconisée par le
Conseil fédéral, qui comprend la prévention, la
réduction des risques, la thérapie et la répression.
Le gouvernement s'est ainsi fixé deux objectifs importants; d'une
part, il veut stabiliser, puis réduire le nombre de personnes dépendantes
des drogues dures; d'autre part, les problèmes liés à
la consommation illégale de drogue doivent être diminués
autant que possible, pour les toxicomanes comme pour la société.
Jusqu'en 1996, l'Office fédéral
de la santé publique (OFSP) a dépensé une centaine
de millions de francs pour réaliser ces objectifs. Son approche
pragmatique a fait ses preuves, comme le montre l'amélioration observée
dans divers domaines:
- Le nombre de toxicomanes est
resté stable au cours de ces dernières années.
- La prise en charge et la couverture
médicale des toxicomanes se sont nettement améliorées.
- Le nombre de nouvelles infections
au VIH est en régression.
- Les scènes ouvertes
et l'aggravation visible de la misère des toxicomanes sur les plans
sociaux et de la santé dont elles s'accompagnent ont pratiquement
disparu.
Les contributions de l'OFSP
au développement d'un large éventail d'offres thérapeutiques
et de programmes destinés à la réduction des risques
ont incontestablement permis une meilleure prise en charge des divers groupes
de toxicomanes. Au vu de ces succès, l'OFSP vise la continuité.
Les mesures des années à venir seront placées sous
le signe de l'assurance de la qualité, de la mise en réseau
des offres existantes et d'une meilleure coordination.
Bibliographie et indication
des sources sont indisponibles auprès de l'Office fédéral
de la santé publique.