Peut-on prévenir les rhumatismes ?

La chaussure
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Ligue suisse contre le rhumatisme

Il est actuellement bien établi que certains modèles de chaussures, essentiellement féminins, sont responsables de nombreuses douleurs et déformations des pieds car ils ne respectent ni leur anatomie ni leur physiologie. Malheureusement, la préoccupation majeure des gens est l'élégance, au mépris de l'adaptation du couple «pied-chaussure»; les goûts esthétiques sont trop souvent en opposition avec ceux du confort. La forme effilée de la pointe et la semelle fine de quelques millimètres allègent l'aspect de la chaussure. Le talon surélevé galbe gracieusement le mollet. Malheureusement, les conséquences sont connues et provoquent différents maux podologiques tels que cors et callosités, hallux valgus («oignons»), orteils en griffe ou marteau, syndrome de surcharge de l'avant-pied. Les répercussions d'une chaussure mal adaptée au pied entraînent aussi souvent des problèmes au niveau de la jambe et de la colonne vertébrale.

La chaussure idéale

Une bonne chaussure doit convenir à l'anatomie et à la physiologie du pied. Elle lui permet de s'y trouver à l'aise et procure une démarche souple. Elle doit aussi être fabriquée à partir d'un matériau de qualité autorisant mouvements et circulation sanguine, sans contrainte, protégeant encore le pied du froid et de l'humidité, sans empêcher l'évaporation de la transpiration.

Nous examinerons tour à tour la forme de la chaussure, la semelle et le talon.

La forme de la chaussure

La chaussure doit s'adapter au pied et non le pied à la chaussure ! Comme le montre la figure 1, le bord interne doit être presque rectiligne afin de ne pas comprimer le gros orteil et le repousser vers l'extérieur. Le bord externe, lui, doit s'adapter harmonieusement au quatre autres orteils. C'est dire l'importance d'une largeur convenable de la partie antérieure de la chaussure.

C'est une erreur de croire que serrer la partie antérieure du pied dans une chaussure étroite prévient la formation d'un pied plat étalé. Enfermer fortement l'avant-pied est très nuisible. Cette contrainte empêche une mobilité correcte des orteils et la circulation sanguine, et conduit à l'atrophie des petits muscles des orteils. Cette fonte musculaire est alors responsable de différentes malformations telles qu'orteils en griffe ou marteau, cors ou durillons, avant-pieds affaissés.

La semelle

La semelle doit être suffisamment épaisse pour amortir les aspérités du sol. Elle doit être flexible pour permettre un déroulé du pas correcte. La semelle de cuir est préférable en cas de forte transpiration et pour la marche sur un sol très chaud.

En revanche, la semelle de caoutchouc ou mieux encore la semelle à petites alvéoles d'air, offre à la plante du pied, un amortissement efficace lors du contact du pied sur le sol et procure un confort appréciable en cas d'hyper kératose plantaire ou de cors douloureux sous les têtes métatarsiennes. En outre, cette semelle est une excellente protection contre le froid, l'humidité et le risque de glissade. Elle facilite par son élasticité une démarche souple et silencieuse.

Avant-pied confortable dans la chaussure. Celle-ci permet une certaine mobilité des orteils.

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Fig. 1 a

Mauvaise forme de chaussure. La pointe du soulier comprime les orteils, gêne leur mobilité et favorise ainsi l'apparition de douleurs et de déformation des orteils et du pied.

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Fig. 1 b

Répartition normale du poids du corps

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Fig. 2a

Le talon haut modifie la répartition du poids du corps. L'avant-pied est surchargé et devient douloureux à la longue.

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Fig. 2b

Talon haut, le pied glisse en avant, les orteils sont comprimés et réagissent en provoquant des callosités et des cors douloureux.

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Fig. 3

Le talon haut déséquilibre la colonne vertébrale. Il provoque une hyper lordose responsable de douleurs lombaires.

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Fig. 4

Le talon

Toute surélévation du talon va entraîner une répartition du poids du corps différente entre l'arrière et l'avant du pied (cf figure 2). Une surélévation de plus de 4 cm du talon sera responsable d'une charge excessive sur les têtes métatarsiennes de l'avant-pied entraînant des douleurs osseuses et même quelquefois des fractures des os métatarsiens mais aura aussi des répercussions sur le capiton plantaire en l'épaississant jusqu'à la formation de callosités douloureuses.

D'autre part, dans une chaussure à haut talon, le pied glisse en avant et les orteils se trouvent comprimés dans l'extrémité antérieure, les métatarsiens repoussant la première phalange vers le haut avec, comme conséquence, la formation d'orteils en marteau et de cors sur la partie dorsale des orteils (cf figure 3).

Un talon trop haut peut encore provoquer des douleurs dans le mollet et la colonne vertébrale lombaire. Il diminue la distance entre l'os du calcanéum (os du talon) et le genou. Le tonus musculaire normal du mollet est diminué et sa fonction entravée. Avec le temps apparaissent des contractions et même une rétraction de la masse musculaire qui rendent alors impossible le port de talons bas ou la marche à pieds nus, en raison de tensions douloureuses de la loge postérieure des membres inférieurs.

Des douleurs de la colonne vertébrale lombaire peuvent aussi être la conséquence d'un talon trop haut. Dans ce cas, le corps avec le bassin basculent en avant : pour compenser ce déséquilibre, la colonne lombaire se porte vers l'arrière en exagérant ainsi sa courbure lordotique (cf figure 4). Ce faisant, le poids sur certaines parties des disques intervertébraux et sur les petites articulations entre les vertèbres sera nettement exagéré et entraînera des douleurs lombaires aiguës (lumbagos) puis chroniques (arthrose de la colonne).

Les supports plantaires

Il est de première importance de préciser qu'un support plantaire ne corrige jamais un défaut anatomique du pied. Au mieux, s'il est correctement réalisé, il soulagera une douleur créée par un défaut d'architecture, responsable d'un déséquilibre des appuis lors de la marche. Les supports ne préviennent pas non plus l'apparition future d'un défaut d'axe. C'est un moyen passif de paliers certaines imperfections du pied et bien souvent, des mesures de rééducation musculaire et de proprioception, surtout chez les enfants, sont préférables à la prescription d'un support plantaire.

Les formes doivent être prescrites sur ordre médical comme la physiothérapie ou les médicaments. Un spécialiste les réalisera et les contrôlera. Beaucoup trop de patients achètent des supports faits en séries ne s'adaptant pas à leur propre déformation. Souvent aussi, le port de supports est totalement inutile. Par exemple, bon nombre de gens portent des formes pour pieds plats parce qu'ils marchent les pieds en dehors; mais ce défaut d'axe ne concerne pas le pied mais reflète une modification de l'axe jambier ou de la hanche !

Le médecin aura soin aussi de préciser le type de matériau désiré (le plus souvent en matière souple, mélange de latex ou de liège ou mousse d'amortissement par exemple) et indiquera les zones du pied à décharger ou à renforcer. Parfois une simple modification de la semelle extérieure de la chaussure dans sa forme ou sa qualité sera suffisante pour soulager tel ou tel problème. Souvent encore, l'adjonction à l'intérieur des souliers d'une simple semelle d'amortissement, sans aucun relief particulier, apportera déjà au patient un certain soulagement.

Le spécialiste veillera aussi à ce que le support prescrit puisse s'adapter à la chaussure et n'être pas lui-même la source de conflits dans le couple «pied-chaussure».

Dr Marc Sinniger, Genève
Spécialiste FMH
Maladies rhumatismales

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