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L'insuffisance cardiaque |
Introduction
Si votre médecin vous parle d'insuffisance cardiaque, qu'est-ce que
cela signifie ? Il veut dire par là que votre cur ne pompe pas vraiment aussi bien
qu'il devrait et qu'il travaille moins efficacement. Lors des efforts notamment, il n'est
pas en mesure de fournir une quantité optimale de sang et d'oxygène aux muscles et aux
organes, sa capacité de pompage étant réduite.
L'insuffisance cardiaque peut être une affection sérieuse du cur et du système
circulatoire, qui se manifeste le plus souvent chez les personnes âgées. Un sexagénaire
sur quarante souffre d'insuffisance cardiaque, puis la proportion augmente : un
septuagénaire sur vingt, un octogénaire sur dix. Comme la plupart des maladies du
cur s'accompagnent, à terme, d'une insuffisance cardiaque, il faut s'attendre à ce
que les cas se multiplient du fait de la progression constante de l'espérance de vie.
L'insuffisance cardiaque peut être décrite de manière simplifiée : le cur malade
ou surchargé n'envoie plus assez de sang dans le système circulatoire. Cela ne se
produit généralement que lors de l'effort, mais parfois aussi au repos dans les cas plus
graves. Certains organes ne peuvent ainsi pas remplir correctement leur fonction. On voit
alors se manifester des troubles typiques : fatigue, baisse rapide de la résistance,
essoufflement lors de l'effort, enflure des chevilles. Un mode de vie raisonnable, une
médication conséquente, voire une intervention chirurgicale, permettent souvent
d'arrêter la progression insidieuse de l'insuffisance cardiaque, ou au moins de la
ralentir.
Les pages qui suivent vous renseignent sur les causes et les symptômes de l'insuffisance
cardiaque, ainsi que sur les méthodes diagnostiques et thérapeutiques. Cette brochure ne
répondra peut-être pas à toutes vos questions : elle ne peut ni ne veut remplacer un
entretien avec votre médecin. Adressez-vous à lui si vous avez besoin d'informations
complémentaires.
Le cur est un puissant muscle creux qui comporte quatre cavités :
deux oreillettes et deux ventricules. Inlassablement, il propulse le sang dans les
artères, qui se ramifient presque à l'infini pour alimenter tous les organes.
Le cur se compose de deux parties : le cur droit et le cur gauche.
Après avoir livré l'oxygène à l'organisme, le sang «usagé» circule dans les veines
pour affluer dans l'oreillette droite. De là, il passe par une valve qui n'autorise le
passage que dans une seule direction, celle du ventricule droit. Il traverse ensuite une
autre valve pour rejoindre la circulation pulmonaire. Là, dans de minuscules
ramifications (les capillaires), il se débarrasse de son dioxyde de carbone - récupéré
par les alvéoles pulmonaires - et se recharge en oxygène fourni par la respiration.
Ainsi purifié et «rajeuni», il emprunte les veines pulmonaires jusqu'à l'oreillette
gauche et franchit encore une valve pour se retrouver dans le ventricule gauche. Ce
dernier exerce un mouvement rythmé pour propulser énergiquement le sang dans l'aorte.
Au fil des ramifications artérielles, le sang se propage alors dans tous les tissus et
les organes jusqu'aux moindres extrémités. Les minuscules ramifications finales (les
capillaires) alimentent les cellules en nutriments et en oxygène. Simultanément, le sang
fait office d'éboueur en récupérant au passage les produits métaboliques et le dioxyde
de carbone. Ayant procédé à cet échange, il reprend alors le chemin des veines qui le
ramèneront au cur, et le cycle recommence (illustration 1).

Illustration 1 : La circulation sanguine
Le cur, un muscle creux qui pompe sans relâche
Le cur ne peut pas se permettre de s'accorder du repos : notre vie
durant, il travaille jour et nuit (illustration 2). Même quand nous dormons, les
ventricules gauche et droit pompent 5 à 6 litres de sang par minute. A chaque pulsation,
ils propulsent de 0,7 à 1 dl de sang, ce qui représente 200 000 mètres cubes (200
millions de litres !) au cours d'une vie, soit l'équivalent d'un cube de 60 mètres de
côté.
La circulation sanguine s'accélère lors de l'activité physique, de façon à fournir
suffisamment de sang oxygéné aux muscles qui travaillent. C'est le système
neurovégétatif (c'est-à-dire qui ne dépend pas de notre volonté) qui règle le
travail cardiaque en fonction des conditions et des besoins. Le pouls (rythme cardiaque)
est plus rapide, la puissance du pompage augmente. Lors de sollicitations physiques
extrêmes, le cur peut pomper jusqu'à 25 litres de sang à la minute. Le sang se
répartit en fonction des besoins : du fait que les muscles qui travaillent relâchent la
résistance de leurs artères, le sang y accède plus facilement.

Illustration 2 : Le cur, un muscle creux qui remplit la
fonction de pompe
Les ventricules se contractent (systole) pour propulser le
sang dans les artères. Les ventricules se relâchent (diastole) et se remplissent de sang
venant des oreillettes.
Quand le cur faiblit, l'organisme essaie de compenser
Diverses maladies cardio-vasculaires peuvent entraver le bon fonctionnement du muscle cardiaque. Quand le muscle cardiaque faiblit, il ne parvient à propulser qu'une quantité de sang réduite à chaque pulsation. Le flux sanguin ralentit d'autant. L'organisme essaie alors de s'adapter pour compenser le déficit de pompage. Les couches musculaires du cur peuvent s'épaissir pour augmenter leur puissance de propulsion du sang et les cavités s'agrandissent. Quand le cur se dilate ainsi, ses fibres musculaires sont plus tendues et se contractent davantage (illustration 3).

Illustration 3 : Cur normal et cur en insuffisance
En cas d'insuffisance cardiaque, les cavités (oreillettes et
ventricules) se dilatent et les parois musculaires s'épaississent, réduisant d'autant la
quantité de sang traitée par chaque mouvement de pompage.
Si, en dépit de son épaississement et de son agrandissement, le
cur n'arrive toujours pas à envoyer assez de sang dans le système circulatoire,
l'organisme va mettre en uvre toute une série de processus d'adaptation pour
l'aider dans sa tâche (illustration 4). Le système neurovégétatif augmente la
fréquence des contractions : le pouls s'accélère et le volume de sang qui parvient
chaque minute au système circulatoire augmente. Comme la pression artérielle menace
dangereusement de baisser quand le pompage est faible, des influx nerveux se chargent de
contracter les petites artères. Cela permet certes d'éviter une baisse de tension, mais
sollicite davantage le cur puisqu'il rencontre une plus grande résistance. Le
système neurovégétatif provoque aussi le resserrement des veines qui ramènent le sang
jusqu'au cur. Le remplissage du cur se fait alors mieux, ce qui a un effet
positif : bien plein, le ventricule se contracte plus énergiquement et propulse davantage
de sang dans les artères. Mais cet effet n'est positif qu'à court terme quand il est
suscité par le système neurovégétatif. En effet, ces impulsions nerveuses ont des
conséquences indésirables à long terme. Le cur est excessivement sollicité, ce
qui ne fait qu aggraver l'insuffisance cardiaque !
Les reins, eux aussi, contribuent à compenser l'insuffisance cardiaque. Un système
hormonal - le système rénine-angiotensine-aldostérone - joue à cet égard un rôle
important. La rénine, une hormone produite par les reins, participe à la formation de
l'angiotensine 1. Transformée par l'enzyme de conversion de l'angiotensine ECA, elle
devient une substance dérivée très efficace, l'angiotensine II, qui resserre les
petites artères, empêchant ainsi une baisse de tension. L'inhibition de l'ECA revêt une
importance majeure dans le traitement de l'insuffisance cardiaque (pour en savoir plus à
ce sujet, voir le chapitre «Les divers traitements thérapeutiques de l'insuffisance
cardiaque»). L'angiotensine Il déclenche également la sécrétion d'aldostérone dans
les glandes surrénales. L'aldostérone est une hormone qui règle l'élimination du sel
et de l'eau par les reins. Elle retient le sel et l'eau pour que les reins excrètent
moins d'urine et conservent davantage d'eau dans l'organisme. Les reins aident ainsi le
cur à mieux se remplir de sang. Mais, bien souvent, les reins pèchent par excès
de zèle : leur assistance provoque une charge supplémentaire pour le cur et
l'insuffisance cardiaque s'aggrave encore ! Le liquide en excès dans le système
circulatoire a tendance à migrer dans les tissus et à provoquer des dèmes
(gonflements), par exemple au niveau des chevilles, des pieds, dans les poumons ou dans la
région abdominale.
Le pouls
s'accélère pour que
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Les veines se contractent
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Ces mécanismes apportent |
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Les petites artères se |
Les reins excrètent |
Illustration 4 : Les mécanismes d'adaptation de l'organisme en cas d'insuffisance cardiaque
Les méfaits de l'insuffisance cardiaque
Dans un premier temps, l'organisme fait tout pour s'adapter et pour
compenser provisoirement l'insuffisance cardiaque. Mais, avec le temps, ces efforts ne
suffisent plus pire : ils sollicitent excessivement le cur, au point que
certains troubles commencent à se manifester visiblement.
Quand la fonction de pompage du cur n'est plus tout à fait suffisante, le sang a
tendance à stagner dans les veines voisines du cur gauche et du cur droit. Le
liquide stagnant migre dans les tissus. Cette rétention d'eau dans les poumons provoque
un essoufflement à l'effort et même, à terme, au repos et durant la nuit. Les personnes
concernées ne peuvent plus se tenir à l'horizontale, elles se réveillent la nuit parce
qu'elles manquent d'air et doivent se relever à plusieurs reprises pour uriner. La stase
(accumulation d'eau) peut aussi se produire dans les alvéoles pulmonaires, les bronches
et dans la plèvre qui enveloppe les poumons. La respiration devient difficile, et
l'incorporation de sang peut donner une couleur rougeâtre aux crachats.
La stagnation du sang aux portes du cur droit se répercute jusque dans les jambes
et les organes abdominaux. L'eau s'accumule dans les pieds et la partie inférieure des
jambes, surtout le soir et même la journée quand la situation se dégrade. Mais cette
accumulation d'eau (dèmes) n'est pas toujours le symptôme d'une insuffisance
cardiaque : elle peut avoir d'autres causes. La stagnation du sang dans les organes
abdominaux induit la perte de l'appétit, des douleurs gastro-intestinales et un
gonflement du foie. A un stade plus avancé, il arrive que de l'eau vienne aussi
s'accumuler dans le ventre.
Les quatre degrés de l'insuffisance cardiaque
Médicalement parlant, on peut distinguer quatre degrés de gravité déterminés en fonction des performances. Selon la classification utilisée internationalement, celle de la New York Heart Association (NYHA), ces degrés sont les suivants :
NYHA I : |
NYHA II : |
NYHA III : |
YHA IV : |
Les causes de l'insuffisance cardiaque
Il existe de nombreuses affections qui peuvent être à l'origine d'une
éventuelle insuffisance cardiaque susceptible de devenir chronique (illustration
5) :
Il arrive souvent que des artères coronaires sténosées (rétrécies)
entravent la fonction de pompage parce que le muscle cardiaque n'est plus suffisamment
alimenté en sang richement oxygéné (maladie coronarienne). Quand une artère coronaire
sténosée s'obstrue complètement, la région du cur qui n'est plus irriguée meurt
(infarctus). La partie survivante du muscle cardiaque, qui doit assumer seule tout le
travail de pompage, est parfois dépassée par cette tâche. L'infarctus du myocarde
entraîne alors une insuffisance cardiaque.
Si le muscle cardiaque est surchargé à longueur d'année, il tend à s'épuiser.
C'est pourquoi une hypertension insuffisamment ou non traitée induit une
insuffisance cardiaque à long terme.
L'insuffisance cardiaque peut aussi provenir de diverses affections des fibres du
muscle cardiaque. C'est ainsi que des inflammations ou des maladies infectieuses
peuvent affecter le cur (myocardite). Les substances toxiques (par exemple
une consommation excessive d'alcool) endommagent, elles aussi, le muscle cardiaque. Il
existe aussi des maladies du muscle cardiaque, les cardiomyopathies, dont l'origine
reste encore inexpliquée.
Les déficiences valvulaires peuvent, par sollicitation excessive du
cur, également entraîner une insuffisance cardiaque. Elles ont de multiples
causes, parmi lesquelles les anomalies héréditaires, les processus inflammatoires, les
facteurs constitutionnels et les phénomènes d'usure.
Les malformations cardiaques congénitales sont souvent à l'origine d'une
insuffisance cardiaque dès l'enfance.

Illustration 5 : Les causes les plus fréquentes d'insuffisance cardiaque
Des situations dramatiques peuvent se produire en cas d'insuffisance cardiaque aiguë. Les causes possibles en sont :
Des arythmies sévères (troubles du rythme cardiaque).
Une hausse rapide et importante de la tension artérielle lors d'une crise
d'hypertension.
Une embolie pulmonaire, quand un caillot de sang oblitère subitement une
artère pulmonaire.
Un infarctus sévère provoquant la nécrose de toute une région non
irriguée du muscle cardiaque.
Des intoxications aiguës.
Examens médicaux en cas d'insuffisance cardiaque
Avant l'examen proprement dit, le médecin va vouloir obtenir un maximum
d'informations sur votre état de santé, vos troubles antérieurs et l'évolution de
l'affection qui vous préoccupe actuellement. Cette anamnèse (questionnaire de départ)
permettra déjà d'obtenir des données sur les causes de l'insuffisance cardiaque. Ce
n'est qu'ensuite que l'on passera à l'examen physique.
Cet examen comporte, entre autres :
- La mesure du poids comparé à la taille. Les changements rapides du poids sont
souvent consécutifs à des rétentions d'eau dans les tissus.
- La prise du pouls. En effet, ce dernier peut être nettement altéré en cas
d'insuffisance cardiaque.
- L'examen de la coloration des lèvres : un bleuissement révèle une irrigation
déficiente.
En se servant du stéthoscope pour ausculter la cage thoracique, le médecin
écoute les bruits caractéristiques des poumons et du cur pour déceler une
éventuelle faiblesse cardiaque ou une rétention d'eau dans les poumons. Cette méthode
permet quelquefois de diagnostiquer immédiatement la cause de l'insuffisance cardiaque;
par exemple, les déficiences des valves cardiaques produisent des souffles parfaitement
reconnaissables. On recourt à l'électrocardiogramme (ECG) pour repérer des
arythmies, entre autres. L'ECG enregistre, à l'aide d'électrodes, les impulsions
électriques infimes que produisent les différentes régions cardiaques et les reproduit
de manière augmentée sous la forme de courbes.
L'examen radiologique du thorax révèle bien souvent un
élargissement de la silhouette cardiaque en cas d'insuffisance cardiaque. La dilatation
des veines pulmonaires et les dèmes sont également bien visibles sur les clichés
radiologiques.
Pour observer en direct la capacité de pompage du cur, les cardiologues
recourent à un procédé parfaitement indolore qui est l'échocardiographie
(examen aux ultrasons). Grâce à l'échocardiographie, on peut :
- Mesurer les dimensions des cavités du cur (ventricules et oreillettes).
- Mesurer l'épaisseur des parois du muscle cardiaque.
- Examiner les valves et repérer d'éventuelles malformations.
- Faire la distinction entre une insuffisance cardiaque systolique (vidage incomplet des
ventricules quand le muscle cardiaque se contracte insuffisamment, par exemple après un
infarctus du myocarde) et une insuffisance cardiaque diastolique (pression excessive lors
du remplissage des ventricules due à la perte d'élasticité du muscle cardiaque, par
exemple suite à une longue période d'hypertension).
Des examens des artères coronaires à l'aide de cathéters et de produits
de contraste ne sont effectués que lorsqu'une affection coronarienne est la cause de
la déficience du muscle cardiaque.
Les divers traitements de l'insuffisance cardiaque
La survenue subite d'une insuffisance cardiaque aiguë constitue
un cas de première urgence nécessitant un traitement immédiat dans un service de soins
intensifs.
Mais c'est là une exception, puisqu'on connaît plutôt l'insuffisance cardiaque
chronique. Dans ce cas, le traitement repose sur trois piliers :
Le traitement de la maladie causale
Autant que possible, il faut traiter la maladie causale. Par exemple, on traitera
l'hypertension avec les préparations appropriées, les arythmies avec des médicaments
adaptés ou par l'implantation d'un pacemaker, les déficiences valvulaires par une
intervention chirurgicale. En présence d'une maladie coronarienne (angine de poitrine,
infarctus du myocarde), fréquemment à l'origine d'une insuffisance cardiaque, on
cherchera à améliorer l'irrigation du cur, en intervenant si nécessaire sur les
parties rétrécies des artères coronaires soit en utilisant un ballonnet gonflable pour
les dilater, soit en réalisant un pontage en se servant d'une artère mammaire ou d'une
veine des jambes.
Une autre hygiène de vie
Les patients doivent adapter leur mode de vie à leur maladie. Astreignez-vous aux
exercices modérés (p. ex. promenades régulières) que votre médecin vous aura
recommandés. Evitez tout effort excessif. Si vous souffrez d'une insuffisance cardiaque
sévère et que vous présentez une importante rétention d'eau dans les poumons ou dans
les jambes, quelques jours d'alitement ou de chaise longue ne peuvent que vous faire du
bien. Mais il ne faudra pas omettre de mouvoir régulièrement vos jambes de façon à
éviter une thrombose (formation de caillots sanguins dans les veines).
Si votre balance accuse quelques kilos de trop, vous pouvez soulager votre cur en
perdant du poids. Contrôlez régulièrement votre poids ! Restreignez drastiquement les
mets salés : la présence de sel dans l'organisme entraîne la rétention d'eau, ce qui
complique considérablement le travail de pompage du cur. Donc, pas de salière sur
la table. Inquiétez-vous de la teneur en sel des plats que vous consommez, tout
particulièrement s'il s'agit de conserves ou de préparations précuisinées.
Renoncez à l'alcool ou, à défaut, n'en consommez que très rarement et très peu.
L'alcool peut abîmer le muscle cardiaque et provoquer des arythmies. Quant aux fumeurs,
ils devraient arrêter de fumer le plus tôt possible pour sauvegarder leurs vaisseaux
sanguins et leurs poumons.
Les médicaments
Il existe des médicaments destinés à soulager les inconvénients de
l'insuffisance cardiaque. A cet effet, on a recours à quatre groupes de médicaments
spécifiques qui sont les inhibiteurs de l'ECA, les diurétiques, la digitale et les
bêtabloquants. Chacun de ces médicaments induit des effets particuliers : certains
déchargent le cur, d'autres renforcent sa puissance.
Pour traiter l'insuffisance cardiaque, il est courant de combiner des médicaments
provenant des différents groupes, par exemple un inhibiteur de l'ECA avec un diurétique.
Cette multithérapie permet d'adapter le traitement de l'insuffisance cardiaque à la
situation particulière de chaque patient. Il peut arriver que des effets indésirables se
manifestent durant le traitement. Dans ce cas, il ne faut surtout pas s'empresser de
renoncer à la médication, mais plutôt en parler immédiatement à son médecin pour
envisager d'éventuelles modifications.
La suite du traitement
Si l'insuffisance cardiaque n'est que légère - consécutive par
exemple à un petit infarctus - on peut souvent cesser le traitement après quelques
semaines ou quelques mois. Après un infarctus, le plus important est d'éliminer autant
que possible les facteurs de risque existants. Des contrôles réguliers permettent de
dépister en temps voulu les signes précurseurs d'une nouvelle insuffisance cardiaque.
Mais, en principe, l'insuffisance cardiaque nécessite un traitement à long terme. Des
contrôles médicaux réguliers permettent d'adapter la thérapie aux éventuels
changements de conditions. Si les troubles s'aggravent, une hospitalisation peut se
révéler nécessaire jusqu'à ce que la situation se stabilise.
Du fait que l'insuffisance cardiaque implique une certaine inactivité, elle peut
entraîner une fonte musculaire qui nuit elle-même aux performances. C'est pourquoi
certaines institutions de réhabilitation proposent des programmes spécialement destinés
aux insuffisants cardiaques, leur permettant ainsi de suivre un entraînement ciblé pour
retrouver de la force, de l'endurance et leur joie de vivre.
Il peut arriver que toutes les possibilités thérapeutiques que nous avons citées se
révèlent insuffisantes pour venir à bout d'une insuffisance cardiaque sévère. Dans
des cas extrêmes, on peut envisager une transplantation cardiaque. Toutefois,
comme les donneurs sont rarissimes, les candidats à la transplantation doivent répondre
à des critères draconiens. La transplantation améliore autant la qualité de vie que
les chances de survie. Il n'en reste pas moins que l'existence d'un transplanté comporte
nécessairement certains risques (rejet, infections, tumeurs). C'est une des raisons pour
lesquelles on teste de nouvelles thérapies pharmacologiques, cellulaires et génétiques.
Médicaments pour le traitement de l'insuffisance cardiaque Les inhibiteurs de l'ECA sont des médicaments qui bloquent les fonctions de l'enzyme de conversion de l'angiotensine (ECA). La formation d'angiotensine Il se voit ainsi limitée et les petites artères se contractent moins. Les inhibiteurs de l'ECA réduisent ainsi la sollicitation à laquelle le cur est soumis. D'importantes études ont montré que les inhibiteurs de l'ECA influencent favorablement l'évolution de la maladie chez les insuffisants cardiaques, qu'ils réduisent le nombre d'hospitalisations et qu'ils augmentent l'espérance de vie. Il peut arriver que le médecin renonce à prescrire des inhibiteurs de l'ECA à cause d'effets indésirables pour leur préférer d'autres médicaments (p. ex. des antagonistes des récepteurs de l'angiotensine II). Les diurétiques soulagent le cur en réduisant les dèmes dans l'organisme et en diminuant la tension lors du remplissage du cur. Ces médicaments réduisent également la stagnation du sang dans les poumons et facilitent donc la respiration. L'eau est éliminée par les reins en même temps que les sels organiques (essentiellement du chlorure de sodium, c'est-à-dire du «sel de cuisine»). Certains diurétiques augmentent non seulement l'élimination du sodium dans les urines, mais aussi celle du potassium. Une carence de potassium peut, selon les cas, provoquer de graves arythmies, mais on peut lutter contre cette carence en adoptant une alimentation riche en potassium (p. ex. pommes de terre, bananes, fruits secs, jus d'orange). Si l'apport en potassium se révèle malgré tout insuffisant, le médecin prescrira des tablettes de potassium. Mais il existe aussi des diurétiques qui ménagent le potassium (antagonistes de l'aldostérone) : ils diminuent l'élimination du potassium par les reins et se sont révélés efficaces pour le traitement de l'insuffisance cardiaque. L'action bénéfique des diurétiques se manifeste par la disparition progressive des dèmes, notamment dans les jambes ainsi que par une nette perte de poids. La digitale améliore la force du muscle cardiaque, renforce la capacité de pompage et amène le cur à battre plus lentement et plus régulièrement. Elle agit surtout sur la fibrillation des oreillettes. Par une analyse de sang, le médecin peut mesurer le taux de digitale dans le sang, ce qui lui permet de régler le dosage. En effet, si l'on abuse de cette substance et que son taux devient excessif, on doit redouter des effets indésirables (perte de l'appétit, vomissements, bourdonnements d'oreille, troubles de la vue, arythmie). Pendant un traitement à la digitale, il faut veiller à ce que le taux de potassium reste suffisant. Les bêtabloquants protègent le cur et le système cardio-vasculaire contre des influx nerveux excessifs en provenance du système neurovégétatif sympathique. A long terme, ces influx nerveux surchargent le cur déjà affaibli et peuvent causer des arythmies. Les bêtabloquants peuvent contribuer à l'amélioration de la capacité de pompage. Au début, le médecin optera pour un dosage très bas, que l'on augmentera très lentement au fur et à mesure des semaines et des mois. En procédant ainsi, on voit souvent les bêtabloquants exercer une influence positive sur l'évolution de l'insuffisance cardiaque. |
La recherche est prioritaire
On peut mener une vie active malgré l'insuffisance cardiaque. Dans la plupart des cas, c'est une maladie qui se traite très bien aujourd'hui par la prise de médicaments et l'adaptation de l'hygiène de vie. Les chercheurs travaillent continuellement à mieux comprendre les causes de l'insuffisance cardiaque. Les connaissances incessamment accumulées débouchent sur des médicaments toujours plus efficaces. On travaille par exemple sur des médicaments capables d'arrêter la nécrose des cellules du muscle cardiaque. La recherche est extraordinairement importante dans le domaine de l'insuffisance cardiaque, et c'est pourquoi la Fondation Suisse de Cardiologie soutient les projets de recherche les plus prometteurs.
Voici les réponses à quelques questions que vous vous posez peut-être :
L'activité physique se justifie-t-elle ?
En cas d'insuffisance cardiaque chronique stable, une activité musculaire douce
se révèle profitable : il peut s'agir de promenades quotidiennes d'une demi-heure ou
d'un entraînement tranquille de vingt minutes sur un vélo d'appartement. L'entraînement
à la mobilité empêche la fonte musculaire, tout comme il améliore la qualité de vie
et le potentiel de performances. Votre respiration vous indique si votre activité
physique est adaptée à votre état. Un essoufflement excessif vous signale que vous avez
dépassé vos limites. En cas d'insuffisance cardiaque sévère, il faut limiter
l'activité physique. Voyez avec votre médecin ce qui vous convient le mieux en matière
d'activité physique, d'intensité et de durée.
Dois-je changer de régime alimentaire ?
Vous devez dans tous les cas vous débarrasser de vos kilos superflus, puisqu'une
surcharge pondérale nuit considérablement au cur et au système cardio-vasculaire,
déjà au repos, mais encore plus lors de l'effort (surtout pour la montée d'escaliers).
En cas d'insuffisance cardiaque avancée, il faut limiter l'apport de sel. Mais il n'est
plus indispensable de s'astreindre à un régime sans sel grâce aux diurétiques qui
facilitent l'élimination du sel. Hormis les jours très chauds, l'ingestion de liquide ne
devrait pas dépasser 1 à 1,5 litre par jour. Parlez aussi de ces questions alimentaires
avec votre médecin traitant.
Qu'en est-il de la fumée et de la consommation d'alcool ?
Les cardiaques devraient absolument cesser de fumer. Au cas où l'on soupçonne
une affection cardiaque d'être due à la consommation d'alcool (cardiomyopathie), ou en
cas d'arythmie, on évitera absolument toute consommation d'alcool. Dans tous les autres
cas, une consommation raisonnable (deux verres de vin rouge par jour pour les hommes, un
verre pour les femmes) est permise. Mais si vous devez perdre du poids, tenez compte des
calories contenues dans les boissons alcooliques.
Puis-je séjourner en altitude ?
Jusqu'à 1500 mètres, il n'y a normalement aucun problème pour les cardiaques.
On recommande de s'accorder deux ou trois jours d'acclimatation avant d'entreprendre de
petites randonnées. Au début, les promenades ne devraient pas comporter de déclivités.
L'idéal est de parler avec votre médecin de votre forme et de vos performances.
Les voyages en avion sont-ils problématiques ?
La plupart des avions de ligne sont équipés de cabines pressurisées
reproduisant une pression équivalant au maximum à 2000 mètres au-dessus du niveau de la
mer. Les vols brefs (de 60 à 90 minutes) n'entraînent en principe aucune nuisance. En
revanche, les longs vols sont déconseillés en cas d'insuffisance cardiaque sévère. Si
vous devez prendre l'avion, veillez à arriver assez tôt à l'aéroport pour ne pas être
pressé par le temps. Dans des cas particuliers, vous pouvez (vous, ou de préférence
votre médecin) demander l'assistance du personnel au sol et de cabine. Mais avant de
prendre l'avion, prenez l'avis de votre médecin.
La réédition de cette brochure a été rendue possible grâce à l'important soutien financier de la maison Roche Pharma (Suisse) SA. |
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