Vers Geneve.ch

Site officiel de l'Etat de Genève

Home | Recherche | Annuaires | Départements  

Vers le texte
Journal complet en version pdf
La Une de la dernière FAO
Les anciennes FAO
Les FAO historiques et les séries estivales
Point de Presse
Abonnement
Analyse
F.A.Q.
Contact
Impressum
Liens

Monsieur Pierre-François Unger, conseiller d'EtatRéduction des risques liés aux drogues: création d'une nouvelle association

Depuis sa création en 1987 et avec le soutien de l'Etat de Genève, le Groupe sida Genève a adapté son action et ses prestations pour faire face à l'évolution des problèmes générés par le VIH/sida, tant au niveau individuel que social. Soutien aux personnes vivant avec le VIH/sida et prévention ont été les deux axes principaux de son action. Les transformations qui s'annoncent aujourd'hui, avec la séparation des activités de réduction des risques liés aux drogues et la création d'une nouvelle association, sont une nouvelle démonstration de cette faculté d'adaptation.

Dans l'évolution des enjeux de santé publique, le lien entre sida et drogues a été fondamental. Pour mémoire, parallèlement à la population homosexuelle, les usagers de drogues par voie intraveineuse ont été la population la plus touchée par le sida. Afin de lutter efficacement contre le développement du virus VIH, le gouvernement genevois et le Grand Conseil ont adapté leur politique en matière de drogues. En complément de mesures axées sur la prévention, la thérapie et la répression, les autorités ont développé, dès 1991 à l'occasion du démarrage du bus itinérant "Prévention sida" mis sur pied par le Groupe sida Genève, une approche dite de réduction des risques et d'aide à la survie.

Le Quai 9, espace d'accueil et d'injection, situé au 6, rue de la Pépinière à Genève. Photo Première lignePromouvoir la réduction des risques ne veut pas dire promouvoir les drogues, mais bien adopter une attitude préventive, visant à soutenir des personnes aux prises avec des produits, des dépendances.

Il s'agit d'une approche éminemment pragmatique, qui tient compte de la réalité des personnes pour les aider à traverser cette période de consommation de drogues de la manière la moins dommageable possible pour eux comme pour la société.

Ces actions de réduction des risques, menées en synergie entre le Groupe sida Genève et les autres partenaires du réseau, ont montré leur efficacité. Sur le plan épidémiologique, c'est parmi les usagers de drogues que le taux de nouvelles infections au VIH a connu les diminutions les plus marquées. Sur le plan des traitements, cette politique axée sur la recherche de proximité avec les personnes concernées a également favorisé l'accès au réseau de soins, tant au niveau des problèmes somatiques qu'au niveau du traitement des dépendances. Sur un plan plus large enfin, ces actions ont permis à la communauté de reconsidérer ses représentations sur les usages et sur les consommateurs de drogues.

Salle d'injection au Quai 9. Photo Première ligneRappelons à ce propos que la politique en matière de drogues ainsi que les actions développées en Suisse, et à Genève en particulier, sont souvent perçues comme des modèles à suivre par des personnes venant d'autres pays et s'inspirant par la suite du travail mené chez nous. L'audace politique, la gestion publique des problèmes liés aux drogues, la cohérence des interventions entre les différents partenaires impliqués dans la problématique sont autant d'éléments suscitant l'intérêt par-delà nos frontières.

Toutefois, si les usagers de drogues se sont comportés en acteurs de prévention concernés et responsables, rien n'est jamais acquis définitivement en matière de prévention. En effet, les marchés internationaux de la drogue restent florissants, la répression montre quotidiennement ses limites, la précarité sociale et économique se renforce, la demande concerne aussi de nouvelles populations, de nouveaux produits et de nouvelles formes de consommation de drogues voient régulièrement le jour. Il est donc nécessaire de poursuivre le travail et de continuer à développer de nouvelles actions.

A ce propos, le Conseil d'Etat soutient le principe du renforcement des prestations du Quai 9, espace d'accueil et d'injection, dont les évaluations successives ont démontré la pertinence des actions qui y sont menées. Toutefois, dans cette période de restrictions budgétaires, des solutions financières doivent encore être trouvées.

Si la pertinence d'avoir associé les activités de réduction de risques et le VIH/sida n'est plus à démontrer, l'évolution des problématiques rencontrées plaide aujourd'hui en faveur d'une séparation des activités relatives au sida de celles concernant la réduction des risques liés aux drogues. Cette séparation permettra de favoriser une visibilité des nouvelles problématiques rencontrées et une claire identité de la réduction des risques dans la politique en matière de drogue et dans un cadre plus large que la seule problématique du sida.

Le bus Boulevards. Photo Première ligneBien que la prévention du virus VIH auprès des usagers de drogues reste fondamentale, la création de l'association "Première ligne" donne aujourd'hui l'opportunité d'élargir le travail de prévention qui, jusqu'ici, a été essentiellement mené au niveau des méfaits liés à la consommation par voie intraveineuse. Ainsi, cette association devrait pouvoir prendre des initiatives et favoriser une approche de réduction des risques sur le plan des consommations dites festives et récréatives, de l'essor des drogues de synthèse et autres poly-consommations, qui ne sont pas sans inquiéter aujourd'hui les différents partenaires engagés dans la prévention, en particulier auprès des jeunes.

Pour poursuivre un travail de prévention efficace, il est nécessaire de travailler ensemble, de chercher à augmenter les synergies et la collaboration entre institutions, en dépassant les frontières drogues légales et illégales. Il est en effet nécessaire de s'interroger sur la situation sociale actuelle qui favorise l'émergence de consommations massives, par exemple d'alcool, parmi les jeunes.

Je ne voudrais pas terminer ce discours sans adresser mes remerciements aux équipes de travail qui mènent ces tâches peu banales, en première ligne. Elles font preuve de beaucoup de persévérance pour soutenir des personnes dans des situations délicates et parfois très précaires, mais aussi face au milieu social qui ne comprend pas toujours bien le sens des actions menées dans le domaine des drogues. Elles restent encore difficiles à accepter puisque elles confrontent chaque citoyen à son impuissance face à un phénomène tellement complexe.

J'adresse donc mes meilleurs vœux à cette nouvelle association qui bénéficie de bases déjà très solides. Je souhaite également renouveler l'appui des autorités au Groupe sida Genève, partenaire indispensable dans la lutte contre le VIH/sida, qui a courageusement fait le choix de redimensionner ses activités, lui permettant de redynamiser ses activités liées à ses mission premières, soit la prévention du sida et la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/sida.

Pierre-François Unger
Conseiller d'Etat

Discours prononcé le 21 septembre 2004 par Monsieur Pierre-François Unger, conseiller d'Etat, en charge du Département de l'action sociale et de la santé, lors de l'assemblée constitutive de l'association "Première ligne".


haut de la page