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Le cannabis

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Institut suisse de prévention de l’alcoolisme et autres toxicomanies
Case postale 870, Ch-1001 Lausanne, Téléphone +41 21 / 321 29 35

Tables des matières

Le chanvre en Suisseclick.gif (178 octets) La renaissance du chanvreclick.gif (178 octets)
Le produitclick.gif (178 octets) Les composants du cannabisclick.gif (178 octets)
Effets et effets secondairesclick.gif (178 octets) La consommationclick.gif (178 octets)
Cannabis et autres droguesclick.gif (178 octets) Les risquesclick.gif (178 octets)
La préventionclick.gif (178 octets) Réduire les risquesclick.gif (178 octets)

 



Plante utile ou produit dangereux ? Une fois de plus, le chanvre indien alimente la controverse. Faut-il voir dans le cannabis une drogue susceptible d’engendrer la dépendance, ou un petit plaisir tout à fait inoffensif ? Dans quelle mesure la consommation des dérivés du cannabis est-elle " entrée dans les moeurs " aujourd’hui ? Quels sont les effets et les risques sur le plan physique et psychique en cas d’absorption massive ou régulière ? De quels éléments faut-il tenir compte pour faire de la prévention – ou pour réduire les risques – sans dramatiser ni banaliser ?

 

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ima21004.gif (75 octets) Le chanvre en Suisse

Dans notre pays, la culture et l’utilisation des produits tirés du chanvre reposent sur une longue tradition. Jusqu’au début du siècle, le chanvre indien (Cannabis sativa) était cultivé pour ses fibres, dont on fabriquait des cordages et des textiles, pour ses graines, que l’on pressait pour en extraire de l’huile, et pour ses propriétés psychoactives. Dans la médecine populaire, les extraits de chanvre étaient utilisés à des fins thérapeutiques, et dans certaines régions du pays, les paysans ne dédaignaient pas, à ce qu’on dit, de bourrer leur " pipe du dimanche " avec ce tabac aux effets particuliers. Avec l’arrivée des fibres synthétiques sur le marché, la découverte de plantes oléifères de meilleur rapport et l’émergence des médicaments modernes, le chanvre a quelque peu été relégué à l’arrière-plan. En 1951, du reste, la loi sur les stupéfiants (révisée en 1975) mettait fin au rite de la " pipe du dimanche ", fumée avec délices, en classant le cannabis parmi les stupéfiants susceptibles d’engendrer la dépendance et, par là même, de mettre en danger la santé des individus.

Depuis, le cannabis fait partie – au même titre que la morphine, la cocaïne, les hallucinogènes et les amphétamines – des substances interdites par la loi dont l’usage (culture, production, commerce, puis, par la suite, consommation) est punissable. Une interdiction qui n’a rien de théorique: en 1995, sur 42000 dénonciations pour infraction à la loi sur les stupéfiants, près de 25 000 étaient liées à la consommation et au trafic de cannabis.

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ima21004.gif (75 octets) La renaissance du chanvre

Malgré cette criminalisation de la consommation, le chanvre n’a jamais complétement perdu ses adeptes dans notre pays. Dans les années 60, certains milieux n’ont pas hésité – comme en Allemagne et en Hollande – à s’afficher un joint à la bouche, en s’inspirant de l’exemple américain et, en partie, extrême-oriental. Dans le cadre du mouvement hippie, le cannabis a symbolisé, pour bon nombre de jeunes, le refus de la société adulte et de son mode de vie. C’est ainsi que l’on a vu naître une " culture du chanvre " dotée de son jargon, de ses rituels et de son infrastructure propres, culture dans laquelle la consommation de haschisch et de marijuana jouait un rôle primordial.

Avec le déclin des mouvements de protestation lancés par les jeunes, avec l’individualisation de la consommation et la progression des drogues dures (héroïne) sur le marché dans les années 80, les amateurs de drogue se sont faits plus discrets, et le cannabis s’en est retourné dans l’ombre. Récemment, toutefois, des adeptes du chanvre se sont organisés pour essayer de faire revivre tant le passé agraire de la plante que la culture hédoniste du cannabis des années 60. C’est ainsi que l’on a assisté à des essais de culture de chanvre industriel dans les régions de montagne, à la distribution de produits du chanvre par le biais de coopératives agricoles et de magasins avec vente au détail de haschisch et de marijuana, mais aussi à la naissance d’un véritable lobby politique visant à légaliser la culture, le commerce et la consommation des produits cannabiques.

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ima21004.gif (75 octets) Le produit

Le cannabis est le nom scientifique du chanvre, dont on distingue aujourd’hui trois variétés :

La plante est rarement utilisée dans sa totalité; pour la consommer sous forme de drogue psychoactive, on se sert uniquement de certaines de ses parties :

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ima21004.gif (75 octets) Les composants du cannabis

On connaît 460 composants tels que stérols, terpènes, alcaloïdes, benzopyrène, etc. 60 cannabinoïdes, dont les principaux sont :

Les cannabinoïdes peuvent être synthétisés chimiquement et trouvent des applications cliniques et thérapeutiques. La principale composante psychoactive du cannabis, le THC, varie suivant l’espèce et la partie de la plante qui est utilisée. Ainsi, la concentration en THC du haschisch est de 2 à 10%, et celle de la marijuana de 0,5 à 7% suivant la variété. C’est l’huile de haschisch qui a la plus forte teneur en THC, avec 10 à 30% (voire plus).

Absorption, apparition et durée des effets
Les effets du cannabis dépendent de :

Le cannabis agit avant tout sur le cortex cérébral, le système limbique, l’hypothalamus, l’hypophyse, le cervelet, mais aussi sur d’autres parties du corps comme la rate et l’intestin. En 1988, on a prouvé l’existence de récepteurs spécifiques des cannabinoïdes dans le cerveau et le système nerveux. Quelques années plus tard, des chercheurs américains ont découvert un cannabinoïde présent dans l’organisme même qui réagit à ces récepteurs; ils lui ont donné le nom de " anandamide ", du mot sanscrit " ananda ", qui signifie " félicité, béatitude ".

Lorsque le cannabis est fumé – c’est la forme de consommation la plus courante – jusqu’à 60% de la substance active disponible (THC) parvient dans les vaisseaux sanguins. Le taux de THC dans le sang est à son maximum après 15-30 minutes. L’effet psychique dure de 2 à 4 heures. Consommé par voie orale (par exemple sous la forme de biscuits), le cannabis produit ses effets plus tard, la quantité de THC absorbée étant plus faible. La métabolisation rapide du THC dans l’organisme entraîne la formation de métabolites principaux actifs et inactifs (11-hydroxy-THC et THC-COOH). Le THC se dissémine rapidement dans l’or- ganisme, notamment dans les organes bien irrigués et dans le système nerveux. Dans un deuxième temps, le THC, extrêmement liposoluble, s’accumule dans les tissus adipeux. Ces dépôts de THC sont libérés très lentement, de sorte que le taux de THC dans le sang ne baisse qu’à long terme et qu’on peut le mesurer encore longtemps après. Il en va de même des métabolites de THC dans l’urine, dont on peut détecter la présence des semaines durant chez les consommateurs réguliers de cannabis, même si ceux-ci ne prennent momentanément plus de drogue. Selon les experts, il n’y a pas de lien clair et net entre la concentration de THC dans le sang et l’ivresse euphorique que produit le cannabis. Par là même, il est impossible de fixer une valeur limite – sous la forme d’un certain pour mille, par exemple – au delà de laquelle on ne serait plus apte à prendre le volant après avoir fumé du hasch ou de la marijuana.

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ima21004.gif (75 octets) Effets et effets secondaires

Suivant la dose (quantité de THC absorbée), la forme de consommation, l’expérience que le consommateur a du cannabis, la structure de sa personnalité et son état d’esprit du moment, de même que suivant le contexte dans lequel la consommation s’insère, de nombreux effets peuvent se produire simultanément ou successivement. Le cannabis n’opère pas toujours de la même manière, même si on note une succession de stades bien déterminés (excitation – détente – lassitude).

Etfets physiques

Effets psychiques

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ima21004.gif (75 octets) La consommation

Si le cannabis est la drogue illégale la plus fréquemment consommée en Suisse, il n’est de loin pas un plaisir populaire. Dans le cadre de l’enquête suisse sur la santé réalisée en 1993, un Helvète sur six (16.3%) dans la catégorie des 15 à 39 ans (hommes et femmes confondus) déclarait avoir pris au moins une fois du cannabis dans sa vie, ce qui correspond – si on extrapole – à 415 000 personnes environ. Les hommes étaient deux fois plus nombreux à avoir tenté l’expérience que les femmes. Dans bien des cas, la consommation, motivée par la curiosité ou l’envie de " voir ", s’est limitée à un seul et unique essai; au cours des douze derniers mois précédant l’enquête, les 15 à 39 ans interrogés n’étaient en effet plus que 5% à avoir pris du cannabis. Il convient toutefois de ne pas se laisser abuser par ce faible taux de consommation: l’usage répété ou régulier du cannabis est nettement plus répandu dans certains groupes d’âge, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes. Ainsi, une enquête représentative sur la santé et le mode de vie des écoliers de 15 et 16 ans a montré que, dans cette tranche d’âge, 18% des élèves avaient goûté au moins une fois au haschisch ou à la marijuana. C’est également vers 15-16 ans que l’on commence en général à consommer pour la première fois du cannabis.

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Les adolescents plus âgés et les jeunes adultes sont plus nombreux à avoir expérimenté le cannabis. C’est ainsi que, dans la catégorie des 19-20 ans, 40 à 50% ont déjà goûté au shit. Les hommes sont plus nombreux à avoir tenté l’expérience que les femmes, sans que l’on note de grande différence entre les régions linguistiques ou entre les étudiants et les apprentis. La consommation de cannabis est un peu plus fréquente en ville qu’à la campagne; elle se fait essentiellement le week-end, en groupe, le but principal étant très nettement la recherche du plaisir, de la détente et de l’euphorie. Pour ce qui est de la consommation chronique de cannabis (plusieurs fois par mois, par semaine, par jour), on manque de données fiables. Une enquête récente réalisée auprès des jeunes de 20 ans dans le cadre de l’examen pédagogique des recrues (1993) et complétée par un échantillon national de jeunes des deux sexes nés en 1973 fournit toutefois certaines indications pour cette tranche d’âge. Selon les résultats de cette enquête, un tiers des jeunes de 20 ans a déjà goûté au cannabis une fois; 13% se sont roulé un joint à plusieurs reprises au cours de la dernière année, 5% ont fait ce geste 1 à 6 fois par mois, 3% ont déclaré consommer du cannabis 2 à 3 fois par semaine, 2% avouent en avoir pris quotidiennement, et 2,5% ont consommé plusieurs fois par jour du haschisch ou de la marijuana. Sur la base de ces résultats, on peut considérer que, dans notre pays, 8 à 10% des jeunes de 20 ans ont fréquemment recours au cannabis et s’exposent ainsi aux risques d’une consommation chronique. En décomposant les résultats par sexe, on constate que le pourcentage d’hommes augmente avec la fréquence de la consommation : on compte en effet cinq fois plus d’hommes que de femmes parmi les consommateurs quotidiens de cannabis.

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ima21004.gif (75 octets) Cannabis et autres drogues

En fumant du cannabis, on consomme déjà plusieurs substances psychoactives; on peut en effet partir du principe qu’une cigarette de marijuana ou une pipe de ha- schisch contient généralement du tabac ou d’autres herbes à fumer. Si on manque de données sérieuses sur la consommation de cannabis en association avec l’alcool, le tabac et d’autres drogues, certaines indica- tions montrent toutefois que les fumeurs utilisent souvent du cannabis et qu’il n’est pas rare que la consommation d’ecstasy s’accompagne de celle de cannabis.

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ima21004.gif (75 octets) Les risques

Les risques liés à la consommation de cannabis ont fait l’objet d’une abondante littérature qui se caractérise par la coexistence de points de vue diamétralement opposés. En conséquence, il n’est pas toujours facile de faire la différence entre les hypothèses, les spéculations et les affirmations tendant à exagérer ou – suivant la politique que l’on défend en matière de drogue – à minimiser les dangers du cannabis d’une part et les " risques objectifs ", c’est-à-dire fondés scientifiquement d’autre part. Dans le cadre de ce dossier, nous décrirons les dangers possibles liés à une consommation épisodique massive (intoxication) ou régulière (à long terme) et découlant de la présence de facteurs de risque isolés ou concomitants (drogue de mauvaise qualité, surdosage, exposition à long terme, santé déficiente, lésions préexistantes, état d’esprit négatif et contexte de la consommation).

Risques liés à une consommation épisodique massive de cennabis

a) sur le plan physique
Les risques sont fonction non seulement de la dose absobée, mais encore de l’état de santé général du consomrnateur et d’éventuelles lésions préexistantes des organes. On relève notamment les risques suivants :

b) sur le plan psychique
Les effets psychiques dépendent de la dose absorbée, de la personnalité du consommateur et de la situation :

Le déroulement de l’ivresse euphorique engendrée par le cannabis et ses effets spécifiques ne permettent pas de conduire un véhicule ou d’assurer le fonctionnement d’une machine complexe en toute sécurité.

Risques liés à une consommation régulière de cannabis

a) sur le plan physique
La dose absorbée, la durée et la forme de consommation, de même qu’une mauvaise santé, augmentent les risques :

b) sur le plan psychique

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ima21004.gif (75 octets) La prévention

Encourager l’abstinence
Le cannabis n’est pas une drogue inoffensive. Compte tenu de son potentiel psychoactif, il n’entraîne pas seulement les effets recherchés, à savoir des modifications de la conscience et la détente physique et psychique. Les risques décrits en cas d’absorption de doses massives, de même que les conséquences à long terme sur le plan physique et psychique, sont suffisamment importants pour que l’on garde ses distances vis-à-vis de cette drogue.

En Suisse, la majeure partie des adultes et des jeunes – dont l’intérêt pour la drogue est plus marqué – ont opté pour l’abstinence. Diverses enquêtes montrent que si les jeunes rejettent le joint – malgré leur curiosité et la pression du groupe –, c’est souvent parce qu’ils redoutent les conséquences que cela pourrait avoir sur leur santé. Une telle attitude mérite d’être pleinement reconnue et encouragée à titre préventif. Il serait dangereux de renoncer à mettre la population en garde contre les risques encourus sur le plan physique, psychique et social, car cela reviendrait à supprimer les barrières psychologiques qui empêchent la consommation.

Si le cannabis n’est pas une drogue " qui tue ", si, à strictement parler, il n’entraîne pas de dépendance physique et ne sert pas de tremplin à la consommation de drogues dures, l’ivresse euphorique qu’il engendre est, suivant la dose absorbée, suffisamment grande pour augmenter sensiblement les risques d’accident dans un environnement gouverné par la technique. Associé à l’alcool ou à l’ecstasy, le cannabis peut également avoir des effets explosifs. Sans tomber dans les théories pseudo- scientifiques de certains adversaires de la drogue qui prédisent les pires horreurs, on ne saurait nier que les personnes qui consomment régulièrement de fortes doses de haschisch ou de marijuana – soit un dixième des adolescents et des jeunes adultes dans certaines tranches d’âge – s’exposent à des lésions ultérieures dont on ignore parfois encore toute l’ampleur sur le plan physique et psychique.

En outre, la consommation de cannabis doit formellement être déconseillée à certains groupes à risques, à savoir :

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ima21004.gif (75 octets) Réduire les risques

Quiconque persiste, après avoir pesé tous les risques, que ce soit sur le plan de la santé, sur le plan des accidents ou sur le plan pénal, dans son intention de consommer du cannabis – et il faut s’attendre à ce que près d’un quart des adolescents et des jeunes adultes entrent dans cette catégorie – devrait le faire en s’exposant le moins possible. Le consommateur potentiel devra par conséquent connaître de manière approfondie les différentes sortes de cannabis (teneur en THC, pureté du produit), leur mode d’action et les formes de consommation, en respectant des règles précises pour réduire les risques. Le choix d’un contexte approprié (séparer la consommation des domaines où l’on doit fournir des prestations tels que école ou travail) et l’appréciation préalable de l’état d’esprit du moment comptent au nombre de ces régles. Naturellement, toutes les situations pouvant déboucher sur un accident sont à exclure (prendre le volant, etc.) si on est sous l’influence du cannabis. Comme le dit très clairement la loi sur la circulation routière " Qui- conque est sous l’influence de stupéfiants, (...) est tenu de s’abstenir de conduire un véhicule " (art. 31, 2e al.) La valeur limite 0 s’applique à tous les stupéfiants, y compris le cannabis, même si le taux de THC dans le sang ne permet pas de définir directement l’ampleur des effets possibles.

Pour empêcher le développement d’une dépendance psychique, la fréquence de la consommation et les doses absorbées devraient rester faibles. En d’autres termes, la consommation de cannabis ne doit pas devenir le but principal de l’existence; elle doit être motivée essentiellement par la recherche du plaisir. D’une manière générale, on évitera de chercher à résoudre des problèmes d’ordre psychosocial en faisant appel à la drogue, cette règle valant aussi pour le cannabis. Les formes de consommation devraient autant que possible être variées afin d’éviter toute consommation exclusive à risque (inhalation seulement). Il importe également d’éviter les mélanges. Associé à l’alcool, à des médicaments psychotropes ou à des produits à la mode comme l’ecstasy, le cannabis forme un cocktail explosif dont les effets sont imprévisibles.

Le consommateur de cannabis s’expose également à des risques sur le plan pénal, ces risques variant suivant le lieu (canton) et l’interprétation de la législation. Les conséquences au niveau policier et judiciaire, de même que sur le plan des assurances, mais aussi les réactions de l’entourage (parents, employeur, école) vis-à-vis de la consommation de cannabis, qui continue à être considérée par la majeure partie de la population comme un comportement " déviant " (deux tiers de la population helvétique sont contre la vente libre de cannabis) devraient également être soigneusement pesées lors de l’appréciation des risques.

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Un flyer, destiné aux jeunes, peut être également obtenu à l’ISPA.

Si vous désirez d’autres exemplaires gratuits de ce dossier,
veuillez envoyer une enveloppe C5 adressée à votre nom et affranchie à :

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