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Le cannabis |
Institut suisse de
prévention de lalcoolisme et autres toxicomanies |
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Dans notre pays, la culture et lutilisation des produits tirés du chanvre reposent sur une longue tradition. Jusquau début du siècle, le chanvre indien (Cannabis sativa) était cultivé pour ses fibres, dont on fabriquait des cordages et des textiles, pour ses graines, que lon pressait pour en extraire de lhuile, et pour ses propriétés psychoactives. Dans la médecine populaire, les extraits de chanvre étaient utilisés à des fins thérapeutiques, et dans certaines régions du pays, les paysans ne dédaignaient pas, à ce quon dit, de bourrer leur " pipe du dimanche " avec ce tabac aux effets particuliers. Avec larrivée des fibres synthétiques sur le marché, la découverte de plantes oléifères de meilleur rapport et lémergence des médicaments modernes, le chanvre a quelque peu été relégué à larrière-plan. En 1951, du reste, la loi sur les stupéfiants (révisée en 1975) mettait fin au rite de la " pipe du dimanche ", fumée avec délices, en classant le cannabis parmi les stupéfiants susceptibles dengendrer la dépendance et, par là même, de mettre en danger la santé des individus. |
Depuis, le cannabis fait partie au même titre que la morphine, la cocaïne, les hallucinogènes et les amphétamines des substances interdites par la loi dont lusage (culture, production, commerce, puis, par la suite, consommation) est punissable. Une interdiction qui na rien de théorique: en 1995, sur 42000 dénonciations pour infraction à la loi sur les stupéfiants, près de 25 000 étaient liées à la consommation et au trafic de cannabis.
Malgré cette criminalisation de la consommation, le chanvre na jamais complétement perdu ses adeptes dans notre pays. Dans les années 60, certains milieux nont pas hésité comme en Allemagne et en Hollande à safficher un joint à la bouche, en sinspirant de lexemple américain et, en partie, extrême-oriental. Dans le cadre du mouvement hippie, le cannabis a symbolisé, pour bon nombre de jeunes, le refus de la société adulte et de son mode de vie. Cest ainsi que lon a vu naître une " culture du chanvre " dotée de son jargon, de ses rituels et de son infrastructure propres, culture dans laquelle la consommation de haschisch et de marijuana jouait un rôle primordial.
Avec le déclin des mouvements de protestation lancés par les jeunes, avec lindividualisation de la consommation et la progression des drogues dures (héroïne) sur le marché dans les années 80, les amateurs de drogue se sont faits plus discrets, et le cannabis sen est retourné dans lombre. Récemment, toutefois, des adeptes du chanvre se sont organisés pour essayer de faire revivre tant le passé agraire de la plante que la culture hédoniste du cannabis des années 60. Cest ainsi que lon a assisté à des essais de culture de chanvre industriel dans les régions de montagne, à la distribution de produits du chanvre par le biais de coopératives agricoles et de magasins avec vente au détail de haschisch et de marijuana, mais aussi à la naissance dun véritable lobby politique visant à légaliser la culture, le commerce et la consommation des produits cannabiques.
Le cannabis est le nom scientifique du chanvre, dont on distingue
aujourdhui trois variétés :
La plante est rarement utilisée dans sa totalité; pour la consommer sous forme de
drogue psychoactive, on se sert uniquement de certaines de ses parties :
On connaît 460 composants tels que stérols, terpènes, alcaloïdes,
benzopyrène, etc. 60 cannabinoïdes, dont les principaux sont :
Les cannabinoïdes peuvent être synthétisés chimiquement et trouvent des
applications cliniques et thérapeutiques. La principale composante psychoactive du
cannabis, le THC, varie suivant lespèce et la partie de la plante qui est
utilisée. Ainsi, la concentration en THC du haschisch est de 2 à 10%, et celle de la
marijuana de 0,5 à 7% suivant la variété. Cest lhuile de haschisch qui a la
plus forte teneur en THC, avec 10 à 30% (voire plus).
Absorption, apparition et durée des effets
Les effets du cannabis dépendent de :
Le cannabis agit avant tout sur le cortex cérébral, le système limbique, lhypothalamus, lhypophyse, le cervelet, mais aussi sur dautres parties du corps comme la rate et lintestin. En 1988, on a prouvé lexistence de récepteurs spécifiques des cannabinoïdes dans le cerveau et le système nerveux. Quelques années plus tard, des chercheurs américains ont découvert un cannabinoïde présent dans lorganisme même qui réagit à ces récepteurs; ils lui ont donné le nom de " anandamide ", du mot sanscrit " ananda ", qui signifie " félicité, béatitude ".
Lorsque le cannabis est fumé cest la forme de consommation la plus courante jusquà 60% de la substance active disponible (THC) parvient dans les vaisseaux sanguins. Le taux de THC dans le sang est à son maximum après 15-30 minutes. Leffet psychique dure de 2 à 4 heures. Consommé par voie orale (par exemple sous la forme de biscuits), le cannabis produit ses effets plus tard, la quantité de THC absorbée étant plus faible. La métabolisation rapide du THC dans lorganisme entraîne la formation de métabolites principaux actifs et inactifs (11-hydroxy-THC et THC-COOH). Le THC se dissémine rapidement dans lor- ganisme, notamment dans les organes bien irrigués et dans le système nerveux. Dans un deuxième temps, le THC, extrêmement liposoluble, saccumule dans les tissus adipeux. Ces dépôts de THC sont libérés très lentement, de sorte que le taux de THC dans le sang ne baisse quà long terme et quon peut le mesurer encore longtemps après. Il en va de même des métabolites de THC dans lurine, dont on peut détecter la présence des semaines durant chez les consommateurs réguliers de cannabis, même si ceux-ci ne prennent momentanément plus de drogue. Selon les experts, il ny a pas de lien clair et net entre la concentration de THC dans le sang et livresse euphorique que produit le cannabis. Par là même, il est impossible de fixer une valeur limite sous la forme dun certain pour mille, par exemple au delà de laquelle on ne serait plus apte à prendre le volant après avoir fumé du hasch ou de la marijuana.
Suivant la dose (quantité de THC absorbée), la forme de consommation, lexpérience que le consommateur a du cannabis, la structure de sa personnalité et son état desprit du moment, de même que suivant le contexte dans lequel la consommation sinsère, de nombreux effets peuvent se produire simultanément ou successivement. Le cannabis nopère pas toujours de la même manière, même si on note une succession de stades bien déterminés (excitation détente lassitude).
Etfets physiques
Effets psychiques
| Si le cannabis est la drogue illégale la plus fréquemment consommée en Suisse, il nest de loin pas un plaisir populaire. Dans le cadre de lenquête suisse sur la santé réalisée en 1993, un Helvète sur six (16.3%) dans la catégorie des 15 à 39 ans (hommes et femmes confondus) déclarait avoir pris au moins une fois du cannabis dans sa vie, ce qui correspond si on extrapole à 415 000 personnes environ. Les hommes étaient deux fois plus nombreux à avoir tenté lexpérience que les femmes. Dans bien des cas, la consommation, motivée par la curiosité ou lenvie de " voir ", sest limitée à un seul et unique essai; au cours des douze derniers mois précédant lenquête, les 15 à 39 ans interrogés nétaient en effet plus que 5% à avoir pris du cannabis. Il convient toutefois de ne pas se laisser abuser par ce faible taux de consommation: lusage répété ou régulier du cannabis est nettement plus répandu dans certains groupes dâge, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes. Ainsi, une enquête représentative sur la santé et le mode de vie des écoliers de 15 et 16 ans a montré que, dans cette tranche dâge, 18% des élèves avaient goûté au moins une fois au haschisch ou à la marijuana. Cest également vers 15-16 ans que lon commence en général à consommer pour la première fois du cannabis. |
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Les adolescents plus âgés et les jeunes adultes sont plus nombreux à avoir expérimenté le cannabis. Cest ainsi que, dans la catégorie des 19-20 ans, 40 à 50% ont déjà goûté au shit. Les hommes sont plus nombreux à avoir tenté lexpérience que les femmes, sans que lon note de grande différence entre les régions linguistiques ou entre les étudiants et les apprentis. La consommation de cannabis est un peu plus fréquente en ville quà la campagne; elle se fait essentiellement le week-end, en groupe, le but principal étant très nettement la recherche du plaisir, de la détente et de leuphorie. Pour ce qui est de la consommation chronique de cannabis (plusieurs fois par mois, par semaine, par jour), on manque de données fiables. Une enquête récente réalisée auprès des jeunes de 20 ans dans le cadre de lexamen pédagogique des recrues (1993) et complétée par un échantillon national de jeunes des deux sexes nés en 1973 fournit toutefois certaines indications pour cette tranche dâge. Selon les résultats de cette enquête, un tiers des jeunes de 20 ans a déjà goûté au cannabis une fois; 13% se sont roulé un joint à plusieurs reprises au cours de la dernière année, 5% ont fait ce geste 1 à 6 fois par mois, 3% ont déclaré consommer du cannabis 2 à 3 fois par semaine, 2% avouent en avoir pris quotidiennement, et 2,5% ont consommé plusieurs fois par jour du haschisch ou de la marijuana. Sur la base de ces résultats, on peut considérer que, dans notre pays, 8 à 10% des jeunes de 20 ans ont fréquemment recours au cannabis et sexposent ainsi aux risques dune consommation chronique. En décomposant les résultats par sexe, on constate que le pourcentage dhommes augmente avec la fréquence de la consommation : on compte en effet cinq fois plus dhommes que de femmes parmi les consommateurs quotidiens de cannabis.
En fumant du cannabis, on consomme déjà plusieurs substances psychoactives; on peut en effet partir du principe quune cigarette de marijuana ou une pipe de ha- schisch contient généralement du tabac ou dautres herbes à fumer. Si on manque de données sérieuses sur la consommation de cannabis en association avec lalcool, le tabac et dautres drogues, certaines indica- tions montrent toutefois que les fumeurs utilisent souvent du cannabis et quil nest pas rare que la consommation decstasy saccompagne de celle de cannabis.
Les risques liés à la consommation de cannabis ont fait lobjet dune abondante littérature qui se caractérise par la coexistence de points de vue diamétralement opposés. En conséquence, il nest pas toujours facile de faire la différence entre les hypothèses, les spéculations et les affirmations tendant à exagérer ou suivant la politique que lon défend en matière de drogue à minimiser les dangers du cannabis dune part et les " risques objectifs ", cest-à-dire fondés scientifiquement dautre part. Dans le cadre de ce dossier, nous décrirons les dangers possibles liés à une consommation épisodique massive (intoxication) ou régulière (à long terme) et découlant de la présence de facteurs de risque isolés ou concomitants (drogue de mauvaise qualité, surdosage, exposition à long terme, santé déficiente, lésions préexistantes, état desprit négatif et contexte de la consommation).
Risques liés à une consommation épisodique massive de cennabis
a) sur le plan physique
Les risques sont fonction non seulement de la dose absobée, mais encore de
létat de santé général du consomrnateur et déventuelles lésions
préexistantes des organes. On relève notamment les risques suivants :
b) sur le plan psychique
Les effets psychiques dépendent de la dose absorbée, de la personnalité du
consommateur et de la situation :
Le déroulement de livresse euphorique engendrée par le cannabis et ses effets spécifiques ne permettent pas de conduire un véhicule ou dassurer le fonctionnement dune machine complexe en toute sécurité.
Risques liés à une consommation régulière de cannabis
a) sur le plan physique
La dose absorbée, la durée et la forme de consommation, de même quune
mauvaise santé, augmentent les risques :
b) sur le plan psychique
Encourager labstinence
Le cannabis nest pas une drogue inoffensive. Compte tenu de son potentiel
psychoactif, il nentraîne pas seulement les effets recherchés, à savoir des
modifications de la conscience et la détente physique et psychique. Les risques décrits
en cas dabsorption de doses massives, de même que les conséquences à long terme
sur le plan physique et psychique, sont suffisamment importants pour que lon garde
ses distances vis-à-vis de cette drogue.
En Suisse, la majeure partie des adultes et des jeunes dont lintérêt pour la drogue est plus marqué ont opté pour labstinence. Diverses enquêtes montrent que si les jeunes rejettent le joint malgré leur curiosité et la pression du groupe , cest souvent parce quils redoutent les conséquences que cela pourrait avoir sur leur santé. Une telle attitude mérite dêtre pleinement reconnue et encouragée à titre préventif. Il serait dangereux de renoncer à mettre la population en garde contre les risques encourus sur le plan physique, psychique et social, car cela reviendrait à supprimer les barrières psychologiques qui empêchent la consommation.
Si le cannabis nest pas une drogue " qui tue ", si, à strictement parler, il nentraîne pas de dépendance physique et ne sert pas de tremplin à la consommation de drogues dures, livresse euphorique quil engendre est, suivant la dose absorbée, suffisamment grande pour augmenter sensiblement les risques daccident dans un environnement gouverné par la technique. Associé à lalcool ou à lecstasy, le cannabis peut également avoir des effets explosifs. Sans tomber dans les théories pseudo- scientifiques de certains adversaires de la drogue qui prédisent les pires horreurs, on ne saurait nier que les personnes qui consomment régulièrement de fortes doses de haschisch ou de marijuana soit un dixième des adolescents et des jeunes adultes dans certaines tranches dâge sexposent à des lésions ultérieures dont on ignore parfois encore toute lampleur sur le plan physique et psychique.
En outre, la consommation de cannabis doit formellement être déconseillée à certains groupes à risques, à savoir :
Quiconque persiste, après avoir pesé tous les risques, que ce soit sur le plan de la santé, sur le plan des accidents ou sur le plan pénal, dans son intention de consommer du cannabis et il faut sattendre à ce que près dun quart des adolescents et des jeunes adultes entrent dans cette catégorie devrait le faire en sexposant le moins possible. Le consommateur potentiel devra par conséquent connaître de manière approfondie les différentes sortes de cannabis (teneur en THC, pureté du produit), leur mode daction et les formes de consommation, en respectant des règles précises pour réduire les risques. Le choix dun contexte approprié (séparer la consommation des domaines où lon doit fournir des prestations tels que école ou travail) et lappréciation préalable de létat desprit du moment comptent au nombre de ces régles. Naturellement, toutes les situations pouvant déboucher sur un accident sont à exclure (prendre le volant, etc.) si on est sous linfluence du cannabis. Comme le dit très clairement la loi sur la circulation routière " Qui- conque est sous linfluence de stupéfiants, (...) est tenu de sabstenir de conduire un véhicule " (art. 31, 2e al.) La valeur limite 0 sapplique à tous les stupéfiants, y compris le cannabis, même si le taux de THC dans le sang ne permet pas de définir directement lampleur des effets possibles.
Pour empêcher le développement dune dépendance psychique, la fréquence de la consommation et les doses absorbées devraient rester faibles. En dautres termes, la consommation de cannabis ne doit pas devenir le but principal de lexistence; elle doit être motivée essentiellement par la recherche du plaisir. Dune manière générale, on évitera de chercher à résoudre des problèmes dordre psychosocial en faisant appel à la drogue, cette règle valant aussi pour le cannabis. Les formes de consommation devraient autant que possible être variées afin déviter toute consommation exclusive à risque (inhalation seulement). Il importe également déviter les mélanges. Associé à lalcool, à des médicaments psychotropes ou à des produits à la mode comme lecstasy, le cannabis forme un cocktail explosif dont les effets sont imprévisibles.
Le consommateur de cannabis sexpose également à des risques sur le plan pénal, ces risques variant suivant le lieu (canton) et linterprétation de la législation. Les conséquences au niveau policier et judiciaire, de même que sur le plan des assurances, mais aussi les réactions de lentourage (parents, employeur, école) vis-à-vis de la consommation de cannabis, qui continue à être considérée par la majeure partie de la population comme un comportement " déviant " (deux tiers de la population helvétique sont contre la vente libre de cannabis) devraient également être soigneusement pesées lors de lappréciation des risques.
Un flyer, destiné aux jeunes, peut être également obtenu à lISPA. Si vous désirez
dautres exemplaires gratuits de ce dossier,
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